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Des supportrices dans un stade à Toronto Des supportrices dans un stade à Toronto

Fan expérience dans le monde

Comment faire venir plus de femmes dans les stades ?

Dans les enceintes sportives, la population est majoritairement composée d’hommes. Alors comment inciter davantage les femmes à rejoindre les tribunes des stades ?

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Dans les stades et événements sportifs, le public est très souvent composé de spectateurs masculins. Le public féminin ne représente encore qu’un trop faible pourcentage de l’audience en tribunes. Les organisateurs souhaitent convaincre ce public, alors observons dans cet article quelques pistes à étudier.

 

En ce jour du 8 mars, symbolique journée des droits des femmes, nous avons souhaité nous pencher sur un sujet qui devrait intéresser un grand nombre d’entre vous : Comment convaincre plus de femmes de venir au stade ?
Pour la rédaction de cet article, nous avons échangé avec plusieurs femmes du monde du sport, telles que Rachel Jung, chargée de missions sponsoring aux Girondins de Bordeaux, Sylvie Nguyen, fondatrice du compte Twitter Festive Sport & Esport et Laure Gruffat, membre inconditionnelle de l’équipe Fanstriker depuis ses débuts.

L’image de la femme dans le sport

“Le sport c’est pour les hommes, les vrais”, “une fille qui aime le foot, c’est bizarre”, ce type de phrases était monnaie courante il y a encore quelques dizaines d’années. Aujourd’hui encore, la femme est parfois réduite à une simple figure de représentation. Pour preuve, après la dernière coupe du monde de football en 2018, la banque de photos Getty Image publiait une sélection de photos intitulée “the hottest fans at the World Cup” (les plus belles filles de la coupe du monde). Depuis, cette sélection a été retirée après avoir été largement critiquée sur les réseaux sociaux. Trouve-t-on le même concept pour les spectateurs hommes ? Il ne semble pas.

Ciaran Varley, un journaliste pour la BBC indiquait à juste titre dans l’un de ses articles “What it’s like being a modern-day female football fan“, que lorsque nous recherchons “femmes football fan” dans le moteur de recherche de google, une grande majorité des photos nous montre des femmes avec un large décolleté ou en tenue légère dans les tribunes.

Cette représentation de la femme dans les stades est également très présente dans les retransmissions télévisées des événements sportifs. Régulièrement, le cameraman réalise un plan serré sur une fille très jolie parfois peu vêtue présente en tribune.

La connaissance des règles du jeu par les femmes est aussi souvent remise en question. Il ne s’agit pas ici de faire de généralités, mais il est commun qu’un homme ressente la sensation de devoir expliquer les règles à une femme qui l’accompagne sous prétexte qu’elle n’est pas censée connaitre ce sport.
Au même titre qu’il est commun pour beaucoup d’hommes de penser que la principale motivation des femmes à assister à un événement sportif masculin serait le physique des athlètes.

Pour contrer ces stéréotypes, deux anglaises Amy Drucquer and Laura Blake, ont lancé This Fan Girl, un projet qui valorise les femmes dans le sport à travers plusieurs contenus photos, articles, vidéos.

“Je suis convaincue que le travail est à faire en profondeur, à la racine, dans l’éducation et la relation des filles au sport et dès le plus jeune âge. Quand ça ne sera plus « bizarre » ou « garçon manqué » d’être une nana supportrice de son club de rugby, de basket ou de foot, on aura résolu une grande partie du problème.”

Laure Gruffat, membre Fanstriker

Comment faire venir plus de femmes au stade est une vaste question. Avec 52% de femmes dans la population française, il est plus que temps que les organisations sportives s’attèlent à trouver une solution.

Pour changer ces clichés et a priori, Laure est convaincue que le travail est à faire en profondeur, à la racine, dans l’éducation et la relation des filles au sport et dès le plus jeune âge. Que lorsque cela ne sera plus « bizarre » ou « garçon manqué » d’être une fille supportrice de son club de rugby, de basket ou de foot, nous aurons résolu une grande partie du problème. Heureusement, de nombreux clubs essaient à leur échelle de faire bouger les lignes, et tant mieux.

En complément de cet article, nous vous conseillons de lire cet article que nous avions publié l’année dernière sur le sujet de l’expérience fan au féminin.

Pourquoi féminiser le public ?

Il est important que l’on explique le sens du terme que nous employons. “Féminiser son public” veut dire pour nous inciter plus de femmes à franchir le pas pour aller voir un match au stade. Augmenter le pourcentage de femmes dans les tribunes.

Alors pourquoi vouloir donc féminiser son public ? C’est une bonne question. Est-ce parce que les femmes dépenseraient plus que les hommes ? Non, ceci est une fausse idée.
Selon une étude réalisée par Odoxa pour RTL, les femmes ne dépensent pas plus que les hommes, cela est une idée reçue. Au contraire, les hommes dépenseraient 20% de plus que les femmes. Cette différence représente l’écart actuel de rémunération à compétences égales observé entre les deux sexes. Et c’est encore plus fort sur la question des loisirs, puisque les hommes dépensent 44% de plus de que les femmes.

Si elles ne dépensent pas plus que les hommes, les femmes sont par contre plus actives sur les réseaux sociaux. D’après l’étude Statista European Football Benchmark 2018, elles sont 75% a les utiliser lorsqu’elles s’intéressent à un sport comme le football contre 65% pour les hommes.
Nous pouvons penser que les clubs pourraient obtenir davantage d’UGC (contenus générés directement par les utilisateurs eux-mêmes) avec plus de femmes dans les stades, à condition que le réseau internet fonctionne correctement.

Si cela n’est pas dans un intérêt directement lié au business, féminiser son public est plus dans l’objectif de toucher un nouveau public pour remplir son stade mais aussi de valoriser la pratique du sport féminin. La place de la femme dans le sport (entre autre) est actuellement en plein bouleversement. De cette façon, les clubs peuvent prendre un rôle important en se positionnant comme de réels acteurs de ce changement.

La subtilité de l’égalité Homme/Femme

L’égalité Homme/Femme est quelque chose de très subtil et délicat. Les diverses polémiques nous le montrent, le combat contre le cliché du bleu pour les garçons et du rose pour les filles en est un des nombreux exemples. C’est pour cette raison que chaque action entreprise par les clubs doit être très clairement évaluée et anticipée, au risque d’être confronté à un bad buzz.

Pour Sylvie Nguyen, “comment attirer plus de femmes dans les stades est une question qui paraît simple mais qui n’est au fond pas si évidente car l’enjeu est de ne pas renforcer le clivage Homme/Femme.” Il faut donc pouvoir parler à cette cible sans entrer dans les clichés que nous connaissons tous.

Une vision que partage également Laure Gruffat : “Je ne suis en revanche par forcément pour la communication utlra genrée pour attirer les filles : faire des affiches roses, offrir des fleurs aux filles qui viennent et organiser des matchs ou des tribunes justes pour les femmes. Pour moi, ceci ne fait qu’alimenter les clichés. Les filles fans de sport sont des FANS avant tout et souhaitent être traitées comme tel finalement.

Pas facile donc de surfer entre les attentes de chaque type de femmes. Nous l’avons clairement vu pendant la rédaction de cette article, les femmes interrogées ne partageaient pas toujours le même point de vue.
Nous avons donc creusé davantage le sujet pour accompagner les clubs dans leur recherche d’un nouveau public plus féminin.

Segmenter, bonne ou mauvaise idée ?

La segmentation est assurément un élément important de l’offre billetterie, cependant peut-être que tout n’est pas à séparer. Observez un instant tous les comptes sociaux (Twitter, Instagram, etc.) des clubs, quelle analyse peut-on en faire ? Il existe des comptes différents pour chacune des équipes professionnelles masculines et féminines.
Par conséquent, une ou un fan d’un club ne suivra probablement que les comptes pour l’équipe dont il/elle est supporter/trice. Ce sont les comptes des équipes féminines qui payent le prix, puisqu’ils sont moins suivis que ceux des équipes masculines. Cependant, certains clubs développent des idées intéressantes.

Ainsi, les comptes Twitter des équipes masculines et féminines du club de football anglais de Manchester City présentent la même photo de couverture où apparaissent les garçons et les filles mélangés.
Il s’agit d’une stratégie de communication développée par le club anglais autour d’un slogan “Same City, Same Passion” (en français : Même ville, même passion). Cette stratégie a pour but de valoriser la pratique féminine en mélangeant des contenus issus des deux équipes, comme par exemple la vidéo diffusée ci-dessous.

https://twitter.com/ManCity/status/1099965956590395392

L’exposition médiatique va clairement participer à la notoriété du sport féminin certes, mais les équipes masculines ont également leur rôle à jouer auprès de leur audience en servant de relais de croissance aux équipes féminines.

Les deux hypothèses peuvent être confrontées : créer des comptes sociaux communs pour le club ou segmenter selon les équipes avec un relais sur le compte de l’équipe phare.

Proposer une offre plus large que seulement celle du match

Pour attirer un nouveau public, il faut développer de nouvelles offres. Des offres qui correspondent aux attentes et besoins des publiques cibles. Avec des activités annexes au match, avant, pendant ou après la rencontre.
Imaginez par exemple pouvoir prendre un cours de Yoga tranquillement au stade juste avant un match ou bénéficier d’un massage dans un espace dédié pendant la mi-temps.

“On pourrait inviter ou créer des partenariats avec les réseaux de femmes au stade par exemple. Accueillir des événements professionnels (conférences, séminaires) sur des métiers plus féminins par exemple.”

Sylvie Nguyen, @Festive Sport & Esport

Des activités shopping, salon de thé/café, soins et beautés, conférences, sont toutes des idées potentielles pour élargir l’offre auprès du public féminin.
C’est ce qu’à proposé le club de Dijon FCO avec une offre limitée “Ladies Night” à 40€ pour 100 femmes, incluant la place pour le match et un accès exclusif dans un salon 100% filles avec maquillage, coiffure, massage, etc.

Sylvie Nguyen se questionne sur “l’idée de proposer un pack spécial “femmes” incluant des billets moins chers comme l’a proposé le Lou Rugby il y a quelques jours ou encore Clermont Foot aujourd’hui.” Selon elle, “l’initiative vient d’une bonne intention mais pas top lorsqu’on défend l’égalité Homme/Femme.

Pour Pierre Lebot, il faut demander aux femmes présentes dans le public ce qu’elles veulent, car elles ne sont pas ou peu consultées. Il faut également puiser son inspiration dans les festivals qui regorgent d’idées.
Lorsqu’il a travaillé pour le 24H du Mans, Pierre se souvient avoir réalisé un salon de la femme (ndlr : Le Pavillon des Femmes depuis 2015) qui avait été un vrai succès. Un lieu où les femmes pouvaient profiter de plusieurs espaces : beauté, détente, exposition avec un jardin d’extérieur et une offre de restauration sur place.

@Studio Photo JM2

Le Pavillon des femmes pendant les 24H du Mans 2017

@Studio Photo JM2

Un lieu où les femmes pouvaient prendre du temps pour elles pendant les 24H du Mans 2017

Outre les espaces privilèges, Laure propose plusieurs idées telles qu’offrir à un spectateur (homme ou femme), la possibilité d’inviter une fille lors du prochain achat de sa place. Quoi de mieux pour une première au stade qu’un « Je t’invite voir mon équipe favorite le weekend prochain ? Promis ça va être sympa ». Ensuite, la balle est dans le camp du club pour savoir fidéliser ces nouvelles venues avec un CRM pertinent.
Ou encore réaliser l’élection du supporter et de la supportrice du match en récompensant les femmes qui viennent au stade et en les encourageant à être de vraies “die hard fans”.

Une femme, pour parler aux femmes

C’est assez intéressant de faire l’analyse des communicants dans les clubs professionnels pour s’apercevoir que la majorité des acteurs qui s’expriment sont des hommes.
Prenons un exemple politique, lorsque Barack Obama était à la tête du gouvernement américain, Michelle, sa femme prenait elle aussi régulièrement la parole pour soutenir la cause féminine. Elle s’engageait et engageait par conséquent l’ensemble des femmes.

Ce qui manque aujourd’hui dans certains clubs, est sans doute une femme qui parle aux femmes. À travers qui elles peuvent s’identifier. Rares sont les speakers féminines, et ce même pour les équipes féminines.
Chez Fanstriker, nous avons une croyance très forte dans la réussite d’un duo de speakers pour un événement sportif. Au lieu d’avoir une seule personne en bord de pelouse, nous pourrions en avoir deux, dont une du côté des tribunes et des coursives auprès du public. Ce duo pourrait être mixte comme ce qui se fait depuis des années en télévision par exemple.

L’agence Visul3 qui répondait à l’une de nos stories Instagram sur le sujet, indique qu’il est nécessaire d’intégrer l’image de la femme dans les campagnes de communication pour montrer qu’elle a sa place dans les stades. Une idée reprise par Laure et Sylvie qui insistent sur le fait de mettre en avant l’ambiance et l’atmosphère cool du stade. Montrer que la sortie au stade peut être une alternative à une sortie au ciné, au bar, à une après-midi entre potes. Les filles peuvent peut-être craindre l’atmosphère un peu hostile ou violente de certaines tribunes. L’exemple des “tribunes étudiantes” de Paris La Défense Arena vont totalement dans ce sens.

“Les filles peuvent peut-être craindre l’atmosphère un peu hostile ou violente de certaines tribunes. C’est pour ça que je trouve intéressant l’exemple des “tribunes étudiantes” de Paris La Défense Arena qui vont dans ce sens.”

Laure Gruffat, Membre Fanstriker

Toujours selon Laure, “diffuser plus d’images de fans féminins va également permettre de montrer à tous que les filles fans de sport sont assez loin des clichés de midinette habillée en pom-pom girl, ces filles que l’on retrouve sur google image”.

Enfin, d’après Rachel Jung, “tant que les clubs n’investiront pas dans une ou plusieurs personnalités féminines emblématiques qui s’exprimeront auprès des femmes, cela ne les aidera peut-être pas à s’identifier au club”.

Aller chercher les femmes là où elles se trouvent

Dans la continuité de ce que nous partageons précédemment, l’acquisition d’un nouveau public n’est pas quelque chose de facile c’est une évidence. Cependant, il est important de connaitre les habitudes du profil de personne concerné. Et si demain, le Stade Rochelais Rugby réalisait une campagne de communication dans le magazine Femmes Actuelles, Gala ou toutes autres presses locales féminines ? Qu’en penseriez-vous ?
Il n’y a pas de meilleur moyen de toucher un public précis qu’en allant le chercher là où il se trouve. Un club pourrait réaliser un partenariat avec une marque 100% féminine puis créer une carte de membre pour pouvoir bénéficier de réductions lors des achats dans les boutiques de la marque tout en cumulant des points lorsque la personne se rend au stade.
Une place pour le match des hommes pourrait permettre d’obtenir un pourcentage de réduction pour l’équipe féminine. Les idées ne manquent pas.

Enfin, l’expérience stade ne doit pas être décevante car il ne faut surtout pas oublier que “le bouche à oreille est le meilleur média qui existe,” nous rappelle Sylvie.

Une offre merchandising plus mode et plus proche des femmes

Le club brésilien de Flamengo ou encore le club italien de la Juventus de Turin ont tous deux développé une gamme complète de vêtements pour la femme. Robes, débardeurs, t-shirts, leggings et sous-vêtements avec le logo du club peuvent être achetés sur la boutique en ligne et en boutique physique.

@Juventus

La Juventus a développé une large offre textile pour les femmes

Ces offres merchandising ne se cantonnent pas qu’au maillot de l’équipe, elle semblent adaptées aux besoins des femmes avec une multitude de styles, de formes et de tailles pour leur permettre de revêtir les couleurs du club au stade tout en gardant leur féminité et leur style.

Nous l’avons vu en France avec le partenariat Jordan x PSG, la mode et le sport n’ont jamais été aussi proche l’un de l’autre. Les maillots du PSG avaient même défilés à New-York avec le label parisien Koché qui avait découpé des morceaux pour en faire un véritable élément de mode.

Rassembler ces deux univers peut permettre de garnir les stades de plus de femmes car nous nous approchons d’un domaine qu’elles apprécient en général.

La solidarité des femmes envers les femmes

Rachel et Laure mettent l’accent sur la solidarité entre femmes sur la question des rencontres des équipes féminines. “Pourquoi les femmes ne sont-elles pas assez solidaires entre elles en allant voir du sport féminin” se questionne Rachel. Sans doute une question de médiatisation et de communication.

Le Netball est le sport féminin n°1 en Nouvelle Zélande

Laure avait publié un article il y a quelques semaines au sujet du Netball en Nouvelle Zélande, un sport majeur dans ce pays dont les tribunes sont en très grande majorité remplies par des femmes et dont l’ambiance est intense. Cela prouve que les filles aiment le sport et qu’elles savent créer une ambiance de feu.

Pour Rachel, la solidarité doit s’exprimer entre les femmes mais aussi entre le club et ses partenaires. Chacun peut avoir une action pour améliorer le système et l’expérience de chaque spectateur. Pour la journée des droits des femmes, le club des Girondins de Bordeaux avait organisé un tournoi où se sont rencontrées les abonnées, les partenaires et collaboratrices, les joueuses, les femmes des joueurs et les salariés du club sous un slogan “Toutes ensemble”.

https://twitter.com/RachL_jung/status/1104018621796438017

La création de lieux instagramables dans les stades, des espaces spécifiques, des équipes esport féminines… Les idées évoquées pendant nos échanges ont été nombreuses. Cependant, le sujet de féminisation du public dans les stades reste très subtil mais se doit d’être abordé au sein des clubs.
La Coupe du Monde Féminine en juin prochain en France va pouvoir nous donner quelques réponses sur l’investissement et la solidarité des femmes pour soutenir le sport féminin.

Merci à Laure, Rachel et Sylvie pour leur investissement dans cet article. Vous pouvez les retrouver sur Twitter et LinkedIn. 

Cet article était-il intéressant ?

Au stade, je passe plus de temps à observer les animations, le comportement des fans et les actions du club que le match en lui même. J'aime le sport mais j'aime encore plus l'expérientiel. Qu'il soit dans le monde du commerce ou celui du sport business. | "Ceux qui essaient d'éviter l'échec, évitent le succès."

Fan expérience dans le monde

La place des mascottes dans le sport

Les mascottes disposent désormais d’un rôle prépondérant dans l’expérience fan proposée. Coup d’oeil et comparaisons entre la France et les Etats-Unis.

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La place des mascottes dans le sport

La mascotte a toujours possédé une place particulière dans le monde du sport et dans la vie des clubs. Symbole de l’équipe qu’elle représente, elle permet de divertir les fans et de développer l’image de l’équipe. Quelle place occupe-t-elle désormais dans le quotidien des clubs ?

Depuis les années 60-70, les mascottes des clubs se développent de plus en plus afin de leur permettre d’enrichir l’expérience fan proposée. Dans les années 80, elles ont commencé à ressembler à celles que l’on côtoient aujourd’hui, en jouant un rôle de divertissement. Véritable emblème des franchises outre-atlantique, la mascotte a cependant eu du mal à se faire une place en Europe, bien que cela soit en train de changer.

Une mascotte, pour quoi faire ?

L’utilisation de la mascotte fait aujourd’hui débat quant à la pleine exploitation de celle-ci. Comme le souligne notre précédent article sur le sujet, La mascotte une animation négligée, cette animation n’est aujourd’hui pas utilisée de la meilleure des manières dans tous les clubs.

Alors a quoi sert réellement une mascotte ? Elle permet, avant tout, de proposer une expérience divertissante auprès des différents fans des clubs. En effet, elles sont utilisées pour développer plus fortement l’image de marque de son détenteur. Véritable symbole du club, elle permet à tout le monde de pouvoir s’identifier aux valeurs véhiculées par celui-ci ainsi qu’à l’histoire racontée à travers elle.

Un exemple suffit à démontrer la puissance d’une mascotte, lorsque celle-ci est bien utilisée. Forbes avança en 2016 que la mascotte de l’équipe de baseball de Philadelphie, “Phillies Phanatic”, générait 10% du total des ventes de merchandising. C’est plus que n’importe quel joueur de l’équipe cette année-là. Le pouvoir de la mascotte est donc non négligeable. Elle va également permettre aux clubs de communiquer sur tous les réseaux sociaux et de faire la promotion de la franchise pour différents évènements organisés au cours de l’année.

En se concentrant sur la fan experience, la mascotte offre un divertissement inégalable lors des jours de match. En effet, en créant toute une histoire autour de la mascotte, le club parvient à l’utiliser en tant qu’ambassadeur et elle va pouvoir jouer un rôle central dans la vie de l’organisation. Cela concernera notamment l’animation qui sera mise en place le jour J.

L’équipe des Lions de Detroit – équipe de football américain – l’a bien compris et utilise sa mascotte pour engager une nouvelle génération de supporters. A travers le Roary-led Cub Club, destiné aux jeunes de moins de 14 ans, la franchise offre de nouvelles expériences aux supporters permettant de les fidéliser en se démarquant du reste des divertissements à leur disposition au quotidien. Ce club offre, pour 40$, le droit de participer à des évènements comme une séance cinéma sur le terrain suivi de la nuit sur place, de bénéficier de réductions ou encore d’offres en tout genre pour les matchs de pré-saison. Ces animations sont bien évidemment accompagnées par la mascotte de Detroit qui couvre l’évènement.

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Affiche du Detroit Lions Cub Club

“C’est notre façon d’engager la nouvelle génération de fans des Lions”

Emily Griffin, vice-présidente marketing des Detroit Lions

Naturellement amusante et amenant de la bonne humeur, la mascotte ne doit pas être négligée par les clubs professionnels. Le choix de la personne qui se trouve à l’intérieur de celle-ci va être également déterminant dans l’utilisation qu’ils pourront en faire et du divertissement qu’elle va apporter au public. En effet, la mascotte est au coeur de l’expérience fan et la qualité du comédien placé à l’intérieur permet de créer de l’animation afin de proposer un contenu toujours plus varié et divertissant à l’ensemble des supporters du club.

Enfin, la mascotte est aussi le symbole le plus “humain” du club. Il devient de plus en plus difficile de pouvoir rentrer en contact avec les joueurs et autres acteurs sportifs, notamment dans les sports les plus en vogue. Il n’y a aucune pression sportive concernant la mascotte et les clubs peuvent donc l’utiliser pour permettre aux fans de rentrer en contact avec un représentant du club. Les mascottes sont par essence accessibles et disponibles pour les spectateurs. Son rôle est donc primordial et son coût relativement faible lorsque son utilisation est optimale. Dans le cas ou celle-ci est judicieusement intégrée dans l’expérience fan proposée, elle permet d’ajouter une réelle plus-value au divertissement.

Comment les Etats-Unis ont mis la mascotte au 1er plan ?

Les Etats-Unis représentent le principal acteur lorsque l’on évoque le cas des mascottes dans l’expérience fan. Véritable icône des clubs outre-atlantique, les mascottes n’occupent pas la même place qu’ailleurs sur le globe. En effet, sur le sol américain, elles disposent d’une notoriété effarante.

Un des meilleurs exemples de l’expérience fan proposée par les mascottes concerne Benny the Bull, la mascotte de la franchise de NBA des Chicago Bulls. Celle-ci est mise en avant notamment lors de l’avant match où elle réalise un nombre d’animations incroyable. De nombreux spectateurs se déplacent au United Center de Chicago dans l’unique but de pouvoir assister aux exploits de “Benny the Bull”, la mascotte de Chicago.

Comment propose-t-elle une fan expérience enrichissante ? Majoritairement en amenant de la bonne humeur dans l’aréna lors de l’avant match et des shows à la mi-temps. En effet, c’est la grande force de la mascotte à l’américaine, elle fait rire. Vous pourrez en juger par vous même en visionnant la vidéo ci-dessous. On voit la mascotte divertir le public qu’elle soit en gradin, sur le terrain ou dans les coursives de l’United center.

Tous les spectateurs qui ont affaire à Benny de manière personnelle en interagissant avec lui se voient offrir une expérience tout simplement unique. C’est bien ici la grande plus-value d’avoir une mascotte dans son offre spectateur. Cela permet d’offrir un moment fort, le visiteur repart ainsi de l’enceinte avec un sourire et le sentiment d’avoir vécu une agréable rencontre. Outre cet aspect, le public peut également publier du contenu (photo/vidéo) sur les réseaux sociaux et garder un souvenir de ces moments uniques. Pour la mascotte de Chicago, c’est plus de 15 000 photos déjà publiées avec le hashtag #BennyTheBull, preuve que les mascottes occupent une place particulière dans la vie des clubs et de leurs supporters.

À l’échelle nationale, on se rend bien compte de la place importante dont disposent les mascottes des différentes franchises. Leur rôle est tout simplement central et primordial dans la vie du club et notamment de l’expérience fan. Ceci est dû en partie à son esthétisme.

À la fin des années 70, le design de celles-ci a été retravaillé pour leur donner un côté plus moderne et les rendre plus attirantes. Oublions la mascotte qui effraye les enfants, l’objectif est d’apporter de la bonne humeur. Les enfants, la cible principale de la mascotte, ils sont le plus fréquemment fascinés par cette “grosse peluche” qui propose des animations divertissantes. Les kids sont en effet toujours très curieux vis-à-vis des mascottes qui leur rappellent les personnages de dessins animés ou leurs doudous. Les adultes aussi apprécient.

Preuve que les mascottes sont divertissantes et plaisent énormément au public, il existe désormais les Mascot Games aux Etats-Unis. Inauguré en 2017, cette compétition voit s’affronter 30 mascottes de tous sports US confondus. L’évènement, se déroulant à Orlando, voit s’affronter l’équipe verte contre l’équipe rouge sur différentes animations, chacune des équipes étant composées de 15 mascottes.

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Les différentes mascottes présentes pour le show à Orlando

L’évènement attira plusieurs dizaines de milliers de personnes pour la 1ère édition. Avec autant de monde se déplaçant pour un évènement dépourvu d’enjeu sportif, les différentes franchises ont donc prouvé le poids de leurs mascottes dans l’offre de fan expérience. Le show qu’elle propose a suffit à faire venir les familles en nombre. Cet évènement inédit, visait essentiellement à attirer les enfants au stade, preuve que les mascottes attirent beaucoup de jeunes spectateurs accompagnés de leur famille.

Le rôle de la mascotte évolue désormais aussi en France

Qu’en est-il aujourd’hui en France ? La question mérite d’être posée. En effet, le rôle de la mascotte est en train de changer depuis maintenant quelques années, poussé par certaines équipes qui cherchent à la mettre en avant. On assiste aujourd’hui à la recherche d’engagement des spectateurs dans les clubs de l’hexagone et la mascotte fait bien évidemment partie de cet enrichissement.

Dans notre article rédigé en 2017, il était fait état que les clubs français ne mettaient pas assez en avant leurs mascottes, ou que lorsqu’ils essayaient, ce n’était généralement pas assez bien réalisé. Le travail à effectuer autour de la mascotte n’est pas négligeable, on ne décide pas d’avoir une mascotte brutalement. Il faut réfléchir à une histoire à pouvoir raconter autour de celle-ci, essayer de trouver une identité, un storytelling dans lequel les supporters pourront se retrouver.

Ce travail de création de mascotte avait commencé en 1998 lors de l’organisation de la Coupe du monde de football avec le désormais célèbre Footix. Ce terme est désormais utilisé pour parler des néo-supporters intéressés depuis peu par le ballon rond. Il avait cependant marqué le début du renouveau des mascottes.

Il s’en est suivi un développement par les clubs des mascottes les représentant. En effet, avoir une mascotte est une chose, mais réussir à l’utiliser intelligemment et proposer une expérience fan novatrice en est une totalement différente. Certaines équipes comme celle de handball de Chamonix ou celle de rugby du Racing 92 l’ont bien compris. Nous nous étions déjà attardé sur le cas chambérien avec Alpy le Yéti, la mascotte du Chambéry Savoie Handball.

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Alpy rencontrant les différents supporters du club

Concernant le club de rugby francilien, le concept est poussé encore plus loin. Véritable symbole du Racing, le dénommé “Mahout” fait vivre une expérience spectateurs inédite et fortement inspirée du modèle américain. La mascotte de l’équipe francilienne permet en effet de vivre un moment différent, basé sur le show, à Paris La Défense Arena.

Dans une salle misant tout sur le divertissement, avant ou après le match, Mahout a totalement trouvé sa place puisqu’il participe pleinement aux animations tournées vers le spectacle. Preuve en est, les 2 interventions durant la rencontre – une par mi-temps – de la mascotte, qui réalise un gag généralement lorsqu’un temps mort est observé.

Inspiré par le modèle américain qui utilise les mascottes afin de réaliser des scènes divertissantes durant les rencontres, le Racing 92 le met en valeur et offre une vingtaine de secondes de rires ou de sourires à un moment où il n’y a “rien d’autre à observer”. Tout cela est également mis en valeur par la plus grande surface de projection du monde (1600m2 au total). Tout le monde peut donc observer l’animation et donc ne pas ressentir de temps faible.

Outre cela, l’éléphant du club des hauts-de-seine participe activement à l’expérience fan dans l’enceinte. Il se déplace en avant-match pour aller voir tous les spectateurs de la rencontre. Il passe également beaucoup de temps dans la tribune expérience appelée “Tribune Family”, destinée comme son nom l’indique aux familles. En effet, le Racing 92 mise sur l’image de la mascotte pour faire passer un bon moment aux enfants.

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Mahout se déplace partout en tribune pour offrir un moment unique aux spectateurs

Autre utilisation intéressante de la mascotte dans le cadre de l’expérience spectateur à proposer : la possibilité de matcher Buky sur Tinder. La mascotte du FC Grenoble, équipe de rugby du Top 14, fût utilisée par le club alpin afin de proposer une action encore jamais réalisée et divertissante.

L’idée était très simple, il suffisait de se connecter sur l’application du site de rencontres et “matcher”, c’est-à-dire liker le profil de la mascotte. En réalisant cela, les supporters pouvaient gagner 2 places pour assister à la prochaine rencontre de leur club.

Ce genre d’innovations rend l’expérience spectateur unique pour les passionnés du club et la mise en avant de la mascotte bien réalisée permet de proposer quelque chose de marquant pour le spectateur qui voit son capital sympathie augmenter vis-à-vis de celui-ci. Il y a encore quelques années les entités sportives françaises commençaient à utiliser les mascottes seulement pour faire un peu comme tout le monde, notamment comme le sport US. Cependant, ils n’avaient pas forcément tous conscience qu’il fallait l’utiliser de manière intelligente pour avoir un réel impact et ainsi proposer une expérience différente pour tous les fans grâce à celle-ci.

D’autres entités, dans des sports bien différents l’ont aujourd’hui également compris. Deux exemples le démontre: le All Star Game de Pro A (1ère division française de basketball), ainsi que la LNH (Ligue Nationale de Handball).

La All Star de basketball qui s’est déroulé fin 2018 à l’Accor Hotel Arena a fait beaucoup de bruit pour toute l’animation qui a été mise en place autour de la rencontre. C’est toujours l’occasion rêvée de faire le show et c’est d’ailleurs ce que la majorité des spectateurs viennent chercher en se déplaçant pour cet évènement. Et quoi de mieux que des mascottes pour proposer une fan expérience inédite?

Pour ce match de gala, 4 mascottes de NBA ont fait le déplacement afin d’assurer le spectacle. Animation phare de cette édition, les mascottes de la ligue américaine de basketball, ont livré un véritable show divertissant les spectateurs mais également les joueurs que les mascottes sont allés solliciter.

Image associée
Les mascottes Benny et MoonDog présents pour le All Star Game de basket français

L’attraction numéro une de la soirée était bien ce show mis en place par les mascottes. Celles-ci ont réussi à créer une expérience fan comme elle n’a jamais pu être proposée par le passé. De Benny the Bull à Rocky la mascotte emblématique de Denver en passant par Moon Dog celle de Cleveland, elles ont enflammé la salle durant l’intégralité de l’évènement. Que ce soit le concours de décibels, le show de danse si propre aux franchises NBA sur le parquet en avant-match ou encore le lancer de tee-shirts, les peluches américaines ont pu montrer toute la palette d’animation d’une mascotte.

La ligue de handball française a quant-à-elle fait le choix d’investir dans la création d’une mascotte ainsi que dans la personne se cachant à l’intérieur. En partenariat avec Xtreme agency, la LNH a donc décidé de créer “Jack”, première mascotte de la ligue.

Lors du Final4 de la coupe de la ligue, la mascotte a fait le show ! Contrairement au All Star Game de Basket, le Final4 dispose d’un réel attrait sportif. La ligue a tout de même fait le choix d’investir dans une mascotte pour faire profiter le public d’une expérience fan totalement différente de ce que l’on peut voir sur la majorité des parquets de handball.

“On connaissait l’impact des mascottes US en NBA sur le grand public, personne ne peut rester de marbre face à leur performance d’acteur, de danseur, leur performance sportive ou humoristique. Nous étions convaincus que le public français adhèrerait” 

Noémie Catalan, Responsable communication et évènementiel de la LNH

 

Pour l’occasion, ils ont en effet fait appel au comédien qui jouait le rôle de Benny the Bull il y a quelques années à Chicago. Ce n’est d’ailleurs pas sa première expérience en France puisqu’il avait animé le Nanterre 92 show l’année dernière.

Le retour des spectateurs s’étant déplacés pour cette compétition était plus que positif selon Noémie Catalan. Que ce soit les petits ou les grands, ils ont tous pu profiter d’une réelle expérience enrichie et tournée vers le public. Ce spectacle proposé tout le week-end a donc séduit tout le monde et la LNH pense déjà à réitérer l’expérience l’année prochaine.

Le rôle de la mascotte dans le sport est donc aujourd’hui essentiel. Cette notion est bien comprise outre atlantique où la mascotte dispose d’un rôle prépondérant dans la vie des franchises. En France, la situation n’est pas identique mais les choses changent à grande vitesse et le retard sera peut-être un jour comblé. Pourquoi pas même se démarquer en proposant une utilisation novatrice de la mascotte, en passant par des personnages féminins par exemple.

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