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INTERVIEW : Antony Thiodet (Time For Biz) : “hélas, les fans ne suffisent pas”

Après plus de 25 ans dans le sport business à accompagner de nombreux clubs professionnels, Antony Thiodet nous partage son expérience.

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Dans une longue entrevue de plus d’une heure, Antony Thiodet (2e en partant de la gauche sur la photo) nous a partagé son expertise acquise au fruit d’une expérience forte de 25 ans dans le milieu du sport business.

 

Bonjour Antony, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ?

Cela fait maintenant plus de 25 ans que je suis dans l’univers du sport business. J’ai eu la chance de cumuler des expériences dans différentes structures, en club, en fédération, chez l’annonceur, auprès de détenteur de droits marketing. Tout cela me donne une vision assez panoramique du secteur avec un certain recul que me donnent ces 25 années d’expériences.

Après plusieurs expériences toujours en cours chez G2 Strategic et AddedValue, vous avez lancé Time For Biz fin 2016, dans quel objectif ?

On s’est rendu compte, en avançant notamment sur une mission assez lourde que la LFP nous avait confié, qu’il y avait une prise de conscience transversale sur l’ensemble des disciplines sportives concernant la nécessité de se préoccuper à nouveau de ce que nous appelons « la clientèle primaire » soit la clientèle qui contribue à remplir le stade.
Une prise de conscience qui se trouve être plus forte dans les autres disciplines que dans le monde du football.

Qu’est ce qui explique la prise de conscience plus tardive dans le monde du football que dans les autres disciplines ?

Dans le football, il y a un prisme de vision qui est très altéré par l’impact qu’ont les acteurs périphériques sur les modèles économiques des clubs, notamment la télévision. Alors que dans les autres disciplines, l’impact des revenus en jour de match est beaucoup plus sensible que cela ne peut l’être dans le football simplement.

Malgré tout, la Ligue 2 est déjà plus seine. Des clients remarquent qu’il y a des choses à construire sans même monter en L1. Pour les 25 prochaines années, je ne suis pas très optimiste pour le monde du football. La révolution semble être très complexe dans cette discipline.

“Le changement viendra probablement d’autres sports comme le handball, le basket, le rugby, le football américain.”

Anthony Thiodet, Time For Biz

La prise de conscience est là mais la concrétisation est plus complexe. Elle suppose que ses acteurs sortent de leur zone de confort. Le changement de mentalité suppose une refonte complète du système. Et le changement, ce n’est pas évident, l’homme n’aime pas, le français encore moins.

Concrètement, que propose Time For Biz aux clubs professionnels ?

Nous avons lancé Time For Biz pour répondre à des besoins significatifs des clubs. Notre offre repose sur un volet d’audit de la situation des structures avec des recommandations stratégiques puis un volet d’accompagnement de la restructuration commerciale des clubs. Plus récemment, nous avons lancé une académie pour répondre à la demande de nouvelles compétences dont ont besoin les clubs pour réussir leur restructuration.

Nous pensons que les clubs doivent développer leurs compétences propres. L’usage d’une régie commerciale pour contribuer à générer des ressources est un phénomène très particulier à la France. Mais notre idée est que les clubs ont un grand besoin de se structurer pour être maitres de leur destin. Et ceci est une vraie révolution culturelle.

Pourquoi avoir choisi le nom de Time For Biz qui signifie en français “le temps pour le business” ?

Cela s’appelle Time for Biz car pour nous, il est venu le temps pour les clubs de s’orienter vers une culture plus résolument commerciale. Ne nous cachons plus, les clubs sont devenus des sociétés commerciales, ils doivent dégager des profits. C’est ceci qu’il faut assumer. Bien-sûr sans perdre de vue qu’il s’agit de sport.

Quelles sont les relations entre Time For Biz et les clubs avec qui vous travaillez ?

Nos interlocuteurs sont divers, cela dépend des clubs et de leur organisation. Par exemple si le président délègue ou non. Nous ne communiquons pas uniquement qu’avec un service marketing, car un changement de ce type nécessite une compréhension globale de tous les services en interne.

On note parfois des incohérences qui complexifient la chose, comme lorsque celui qui est en charge des résultats financiers du club est le plus réfractaire au changement alors que le projet devrait le convaincre en premier.

Dans les clubs, nous avons constaté des fonctionnements très variés. Des petites structures travaillent en silo et chacun fait son travail dans son coin sans avoir ou presque une vision globale.

Mais j’explique la cause de ces fonctionnements car les présidents et les directeurs généraux des clubs sont très souvent trop aspirés par le sportif. C’est un constat que j’ai pu moi-même faire en tant que président de l’ASVEL (de 2003 à 2011).
Je suis tombé comme tous les autres dans cette facilité, jusqu’à une certaine prise de conscience. Car ce dont parlent les gens c’est le sportif. C’est donc ce qui vous met en avant, c’est valorisant. Telle une lumière qui éblouit au contact des joueurs, le président se laisse donc obnubiler par l’aspect sportif.

Ce qui est dommage, c’est que dans le sport français, on dépense une folle énergie à satisfaire ceux à qui on donne de l’argent (les joueurs) et tellement peu d’énergie à ceux qui nous en donnent (les fans). Qu’est ce que l’on fait pour celui qui se saigne pour payer sa place ?
Il faut sortir des ligues ‘sport driven’ (orientées sport) et entrer dans un système de ligues ‘marketing driven’ (orientées marketing).

Revenons sur l’académie Time For Biz lancée il y a quelques mois. Pourquoi cette démarche ? Les professionnels actuellement sur le marché du sport business ne répondent-ils pas à la demande des clubs ?

On s’est rendu compte que nos clubs avaient du mal à trouver des forces vives et compétentes pour mettre en œuvre nos principes. En France et dans le sport particulièrement, nous n’aimons pas trop la vente, il y a une mode pour le marketing et toutes ces choses en “ing”.

Des jeunes de 25 ans qui sortent des études avec un bac+5 en ayant payé des frais d’études importants, il y en a beaucoup. Mais ceux-là ne veulent pas aller mettre les mains dans le moteur car pour les convaincre en amont de leurs études de payer ces frais de scolarité nous les avons convaincu qu’ils seront des futurs Jean-Claude Blanc dès leur sortie avec leur diplôme.
En ce qui concerne les profils plus basiques diplômés en vente (BTS, etc.), ils n’ont pas conscience de la réalité économique d’un club.

Express

Jean Claude Blanc, directeur général délégué du Paris Saint-Germain

Donc je ne sais pas si les profils sur le marché correspondent ou non à la demande des clubs mais il y a une demande qui n’est pas satisfaite. Une demande relative à la fonction commerciale, notamment dans la billetterie. Car dans beaucoup de clubs encore, des commerciaux ne renouvèlent plus leur portefeuille clients mais vivent sur les acquis qui ont été réalisés il y a plusieurs années.

Dans le cadre de l’académie, nous proposons une formation diplômante par alternance de 20 mois avec 8 séminaires de 3 jours. Nous ne sommes pas sur un format où l’alternant est absent 1 semaine sur 2 de l’entreprise ce qui est un problème pour les clubs.

De ce fait, n’y a t-il pas un changement à opérer dans la façon de recruter de nouveaux profils au sein des clubs ?

On souffre en France d’une énorme monoculture, une grande majorité des personnes qui travaillent dans le monde du sport aujourd’hui sont à la base des passionnés de sport. Je suis mois aussi de ceux-là. Mais à force de recruter uniquement des profils qui viennent de ce monde du sport, on finit par développer les mêmes concepts sans développer de nouveautés. Depuis 25 ans avec ces méthodes de recrutement, les produits proposés n’ont pratiquement pas bougé.

Prenons l’exemple de Baptiste Huriez, directeur marketing au FC Nantes qui vient d’un secteur extérieur (il vient du secteur des médias). Selon ce que j’observe, il a radicalement changé la perception de la marque FC Nantes. En venant de l’extérieur, il était quelque part hermétique au sportif, (même s’il est aussi un passionné de football) et il a déroulé son savoir comme il aurait pu le faire avec une autre structure.

Il y a bien évidemment un problème de recrutement aujourd’hui. Une candidature d’un fan de sport aura plus de chance d’être sélectionnée qu’un profil extérieur. Au même titre que les personnes intéressées par le sport iront postuler aux annonces des clubs tandis que les autres n’iront pas s’y intéresser.
C’est pour cela que nous conseillons aux clubs de diffuser des annonces sous marque blanche sans indiquer qu’il s’agit d’une structure sportive. De façon à attirer des profils plus généraux qui peuvent apporter une nouveauté de concept qui n’existe pas aujourd’hui.

https://twitter.com/fanstriker/status/993821511743090688

En France, les forces commerciales sont principalement concentrées sur le BtoB et les clients aux gros portefeuilles alors qu’aux Etats-Unis, des forces commerciales sont également déployées sur le grand public.
Avec un tel fonctionnement qui est le nôtre en France, comment peut-on demain convaincre plus de nouveaux fans ?

Il y a effectivement un trou dans la raquette entre le particulier qui spontanément se rend dans un stade, ce que l’on appelle la demande naturelle, et ce qui concerne la demande du monde de l’entreprise. Aujourd’hui en France il n’y a que le PSG ou l’OL qui travaillent correctement sur la cible grand public. Pour les autres, il y a du travail mais il existe des solutions. La question est de savoir comment toucher cette cible.

Les TPE représentent 85% de l’économie française, il y a donc matière à s’intéresser à elles car au bout du fil se sont des personnes comme vous et moi. Il y a également toutes les organisations qui génèrent des groupes de personnes : les associations, les CE, etc. Ces organisation permettent d’aller toucher le grand public.

Quels sont les sports les plus présents pour Time For Biz ? Y’a-t-il un sport “bon élève” ?

Le handball représente aujourd’hui pour nous une écoute très attentive. C’est un sport qui évolue très bien. Le rugby possède également une présence significative pour Time For Biz. Peut-être que si je n’avais pas l’historique que j’ai dans le basketball, nous aurions eu une percée plus forte dans le basket.

Dans le football aussi, nous avons travaillé avec de nombreux clubs. Mais c’est surtout le sport où nous avons la plus grande frustration.
Dans ce sport, il y a la dimension du poids des groupes de supporters qui vient complexifier le sujet. Les clubs ont laissé pendant des années se développer des synergies indépendantes sans réellement s’y intéresser, ni les accompagner favorablement. C’est donc aujourd’hui un satellite plutôt qu’une force associée ou intégrée, pour ne pas dire liée, aux évolutions du club. De ce fait, la question des supporters revient sans cesse dans le choix d’un changement qui suscite une adhésion.
Il faut donc prendre en compte l’avis et la position des fans ultras. Mais nous sommes quand même dans un schéma où celui qui fait le plus de bruit l’emporte.

Rappelons que le stade est quand même une fantastique agora qui rassemble des gens de sensibilité diverses, avec une diversité des populations. Mais vous ne pourrez pas satisfaire toutes ces populations. Si vous ne contentez que les ultras, bien vite vous n’aurez que des ultras dans votre stade, et malheureusement ils ne sont pas suffisants. Ils ne suffisent pas pour contribuer à l’ensemble de l’économie du club. Les ultras doivent donc faire preuve d’empathie vis-à-vis des autres publics présents dans un stade.

Paco Photographie

Des supporters du FC Lorient

Si vous deviez donner une définition à la Fan Expérience qu’elle serait -elle ?

J’ai du mal avec ce concept de fan expérience qui finalement regroupe plusieurs théories et pratiques : le CRM, la data basing, etc. Pour moi, il s’agit simplement de la considération que l’on a à apporter au client.

Depuis le début de cette interview, vous n’employez pas le mot fan mais le mot client. Il y a un vrai débat dans le monde du sport sur l’emploi de ce mot dans le monde du sport notamment en ce qui concerne la Fan Expérience ?

Cela pose problème à ceux qui voudraient qu’il n’y ait que des fans dans les stades. Parce que s’il n’y a que des fans, ils ont la sensation que l’ambiance sera bien meilleure et que donc l’expérience également. Mais hélas, les fans ne suffisent pas. Parce que si c’était le cas, les stades seraient pleins, or ils ne le sont pas.

Si la NBA s’était contentée des fans de basket, il y aurait 8 000 spectateurs dans les salles de NBA aujourd’hui (en 2017, la NBA a eu un taux de remplissage supérieur à 90% pour la treizième année consécutive avec des affluences allant de 14 000 à 22 000 selon les salles) parce que c’était ça la NBA avant que David Stern (Commissaire NBA jusqu’en 2014) prenne le taureau par les cornes à la fin des années 80 et dise “Nous ne sommes plus tant un sport, nous sommes un fait sociologique en concurrence avec d’autres loisirs”.

Depuis toujours, j’ai été confronté à des réactions dès que j’utilisais le mot client. On me disait « satan » mais je pense que cela arrangeait tout le monde au fond. Car cela évitait de nous poser des questions.
Attention cependant, je ne dis pas qu’il faut sortir les fans du stade. Je dirais même qu’il faut réunir les conditions pour que demain il y ait plus de fans. Mais pour que demain ce soit le cas, il faut que l’on s’occupe des clients, il faut que nous les servions bien, que nous leur donnions les mêmes égards que n’importe quel business a vis-à-vis de ses clients pour qu’ils puissent devenir des fans. C’est-à-dire qu’ils tissent un lien affectif avec la marque club.

Avant l’arrivée d’une nouvelle équipe en MLS à Los Angeles avec le LAFC, les membres du staff et des sympathisants allaient directement recruter un nouveau public dans les rues de la ville. Ils organisaient des événements, des rassemblements avant même d’avoir une équipe et un stade.

La MLS est un fantastique laboratoire. Parfois, je suis confronté à des clubs qui me disent « on ne peut pas faire plus que ce que l’on fait parce que c’est culturel, en France c’est comme ça. »
Donc les anglais ils ont du monde, les allemands ils ont du monde, c’est leur culture et nous, nous n’avons pas de monde, c’est aussi culturel ?
La France est le premier marché européen en matière de spectacle vivant. Lorsque vous prenez l’industrie du concert, c’est en France que les gens payent le plus cher. Mais lorsque l’on parle de football, alors là il faut faire moins cher que partout ailleurs et de toute façon, les gens, on ne les trouve pas.

C'est dans l'industrie du concert en France que les gens payent le plus cheru2sandiego.over-blog.com

C’est dans l’industrie du concert en France que les gens payent le plus cher

Une fois que vous avez dit que c’était un problème culturel et bien vous refermez le bouquin, vous repoussez la poussière sous le tapis et vous n’allez pas faire le job. Par contre, si vous vous dites que même le soccer aux USA arrive à développer un business et des ambiances, là vous vous posez des questions.

Allez voir un match à Portland pour comprendre ce qu’est vraiment une ferveur populaire autour d’un stade! Avec des fans engagés qui sont le fruit d’une démarche stratégique visant à aller à la conquête d’un public identifié auprès duquel des offres qui répondent à leurs besoins leurs ont été proposées. Pour moi ceci n’est que de la relation client, de la prise en compte de son intérêt et d’un déploiement de l’énergie commerciale nécessaire pour convaincre les gens.

“On ne résoudra pas tous les problèmes avec la connexion wifi et des feux d’artifices.”

Antony Thiodet, Time For Biz

Le plus incroyable est qu’il y a des choses similaires qui ont été mises en place en France et qui ont fonctionné.
Avec l’ASVEL, nous sommes champions en 2002, j’arrive en février 2003 dans un club qui vient d’être champion dans un bon marché avec une salle de 5 600 places qui n’est remplie que de 2 600 personnes dont 1 000 invités. C’était inquiétant, donc nous redéployons le modèle, je baisse la masse salariale de 30% et on investit dans un call center de 8 postes qui appelle des personnes issues de bases CRM diverses et des commerciaux pour la reconstruire.

Maintenant l’ASVEL joue tous ses matchs à guichet fermé. Mais il nous a fallu 4 ans pour passer de 2 600 à 5 400 personnes. Et attention, nous parlons de l’agglomération lyonnaise, lorsque le marché n’est pas facile, l’OL est champion tous les ans, le LOU rugby est en train de monter et nous y sommes arrivés.
Lorsque le PSG recrute Neymar, ils recrutent aussi 5 commerciaux de plus. Même avec Neymar, s’il n’y avait pas la trentaine de commerciaux à Paris, il y aurait 30 ou 32 000 spectateurs au Parc. Le constat est fort, mais par exemple, l’OM ne veut pas recruter un commercial de plus dans son équipe.

En moyenne, un front office commercial en NBA est composé de 40 personnes. Philadelphie qui a tout perdu pendant 4 saisons avec le pire ranking de l’histoire de la NBA sur 4 ans, c’était 140 personnes sur le front office commercial pour préparer le futur. En MLS la moyenne est de 32 personnes. En France, hormis le PSG et l’OL nous sommes très loin de cette standardisation.

Est-ce que nous nous sommes interrogés sur ce que veut le client ? Je suis abasourdi sur le fait que les portefeuilles produits sont les mêmes depuis mes débuts en 90. On ne va pas me faire croire que les gens qui sont à Bayonne consomment la même chose que ceux qui sont à Lens.

“Le système fait que celui qui innove et se plante ne reçoit aucun crédit pour avoir essayé. Mais les revenus énormes en provenance de la télévision ont, de mon point de vue, aveuglé beaucoup des leaders de notre industrie à propos des changements fondamentaux en cours et qui vont – d’ici à quelques années – mettre grandement en danger le cœur de leur business. Bref, nous sommes dans un système qui pousse certains de ses dirigeants à être tout sauf courageux et visionnaires, car cela pourrait leur faire perdre le super boulot qu’on leur a confié. ”

Ben Wells, Consultant britannique interrogé par Time For Biz

Parfois les clubs avec qui nous travaillons font du sharing picking, qui consiste à ne prendre qu’une seule des idées proposées. Mais le problème est que celle-ci est en interaction avec de nombreuses autres donc il n’est pas possible d’obtenir des résultats dans ces conditions.

La saison dernière le Stade Rochelais bénéficiait de 82% d’abonnés dans son stade pour une saison pleine à guichet fermé. Quelle situation est la plus confortable entre bénéficier d’un large pourcentage d’abonnés ou des disponibilités fortes en places sèches ?

Compte tenu de la technologie qui s’est développée sur la billetterie secondaire avec la possibilité de remettre en circulation les places achetées par un abonné, le ‘business objectif’ d’un club serait de vendre toutes ses places en abonnement.
Mais seulement si l’abonnement devient autre chose qu’une place sèche discountée. Car le club sera amené à se dire que lorsqu’il va recevoir des gros clubs du championnat il va pouvoir vendre ces places plus chères. Ce sont des choses que j’entends régulièrement de la part des clubs, qui préfèrent baisser des prix en faisant du discount plutôt que d’offrir quelque chose de plus.

Il faut établir une stratégie qui maintiendra un équilibre. En France, nous avons trop souvent un énorme déséquilibre. Soit une offre pléthorique par rapport à la demande.

Pour le cas du Stade Rochelais, ils ont aujourd’hui ces résultats car ils ont agrandi modérément la capacité de leur stade en fonction de la réalité de leur demande.

Malheureusement, nous nous sommes laissé imposer des outils de travail dans le contexte des grandes compétitions sur la base de cahier des charges applicables à 3 ou 5 matchs pour une durée de financement de 35 ans des infrastructures.

Nous aurions pu avoir des stades étendus dans le contexte de l’Euro 2016 et ensuite ramenés à une capacité moindre. C’est ce qui se fait partout dans le monde. Des solutions plus ou moins modulable voire des transformations de gradins si l’on avait anticipé à ce moment que très bientôt une partie significative du public ne supporterait plus d’être entassée dans des rangées de sièges dont vous ne pouvez pas vous extraire avant la mi-temps. Ce public va donc rechercher autre chose. Vous comprendrez alors que sur une même surface nous mettons moins de monde.

Si vous deviez désigner un club qui propose aujourd’hui la meilleure expérience pour ses fans en France ?

Le Paris Saint Germain par la diversité des expériences qu’ils offrent. Je les trouve très fins sur la prise en compte de la diversité de leur public.

Récemment en football, la LFP a proposé une rencontre phare de Ligue 1 entre le PSG et Nice à 14h00 un samedi. Selon vous, les jours et horaires des rencontres ont-ils de réels impacts sur l’affluence au stade ?

Sans aucun doute. Mais pour l’exemple du match PSG vs Nice, j’aurais préféré que l’on dise nous allions jouer à 14h00 pour répondre à une demande de nos fans dans le stade plutôt que de dire que cela est pour conquérir 7 millions d’asiatiques. Un problème de communication mais surtout de business modèle du foot français qui n’est fondé que sur la prise en compte des attentes de la télévision.
Il n’y a rien de tout cela qui existe en NBA où ce n’est pas la TV qui dicte la saison, mais l’organisation NBA.

PSG Talk

L’implication des diffuseurs dans un projet global de remplissage des stades est une possibilité

Au regard du poids de la télévision dans le football par exemple, est-ce que les clubs ne pourraient-ils pas demander aux diffuseurs de s’investir également dans l’objectif de remplissage de stade ? Et ainsi développer un vrai partenariat d’avenir gagnant – gagnant ?

C’est évident! D’autant plus que je me pose la question de ce que les clubs pourront faire de significativement différent avec 1 milliard d’euros de droits TV au lieu des 750 millions que nous avons aujourd’hui. Je ne pense pas que nous pourrions avoir Messi.

L’idée serait donc de construire une vraie stratégie de développement global de la ligue. Un vrai partenariat ‘win-win’ où les médias apporteront cette visibilité pour un nouveau public pour le club et où le club pourrait apporter de la vente d’abonnement pour les diffuseurs en bénéficiant des bases CRM des clubs.
Pour cela il faut prendre le temps de réfléchir et convaincre les présidents de clubs de prendre le risque que cette stratégie développée ne soit pas tout de suite bien comprise par les acteurs qui n’ont en tête que le modèle économique du football.

Le lieu de pratique, qu’il soit en salle ou dans des stades à l’extérieur influe-t-il sur l’offre Fan Expérience des clubs ?

Oui, bien-sûr cela fait partie des nombreux facteurs, c’est un élément à prendre en compte. D’ailleurs si nous prenions cet élément en compte en le poussant jusqu’au bout nous nous rendrions compte que ce serait peut-être intéressant d’avoir des saisons en extérieur qui s’étendent de mars à octobre comme aux États-Unis. Ce n’est que du bon sens. Et ce bon sens est en général dans les bouches des gens qui payent leur billet et ne sont que très rarement écoutés…

Le cas du modèle américain divise de nombreux marqueteurs du sport qui signalent la différence de culture ou de modèle économique du sport aux Etats-Unis. Selon vous, peut-on espérer appliquer ce modèle en France ?

Évidemment qu’il y a des spécificités culturelles entre les Etats-Unis et la France comme il y en a entre Bayonne et Lens. Après, il y a des tendances de fond comme celle de remettre le client au centre de tout et de reconstruire à partir de celui-ci.
Cela fait maintenant 20 ans que je suis confronté au rejet par les français de ce qu’il se passe aux Etats-Unis au motif que ces gens seraient tellement différent culturellement de ce que nous sommes. On parle souvent de gastronomie, mais il y a 2 500 restaurants McDonald en France.

Cela relève du réflexe inconscient de défense qui consiste à dire « On ne peut pas faire autrement donc on reste comme l’on est, » tout en attendant les résultats des montants des prochains droits TV en espérant le milliard.

Enfin, en tant que fan de sport, avez-vous un souvenir mémorable d’une expérience que vous avez vécu ?

Un match AS Saint Etienne vs Ruch Chorzow en 1973 sur les épaules du cousin de ma mère dans les tribunes debout à Geoffroy Guichard. Elle est marquante pour moi car c’est mon plus vieux souvenir, dans les tribunes debout.

Et une seconde expérience forte en 2015, un match de Portland en Playoff de MLS au sein de la Timber army (le kop de Portland). J’avoue que là j’ai été bluffé.
Portland se qualifie en prolongation, c’était juste dingue. Nous étions dans le kop avec cette ferveur populaire et cette sensation de bien-être, de confort et de sécurité. Une grande cohérence marketing. De l’entrée dans le stade jusqu’au moment où vous achetez une bière, tout est cohérent. Au même titre que lorsque vous allez chez Starbucks vous êtes pris dans un système qui vous guide.

 

Merci à Antony Thiodet pour cet échange très intéressant, n’hésitez pas à réagir et partager cette interview sur les réseaux sociaux. 

 

Cet article était-il intéressant ?

Au stade, je passe plus de temps à observer les animations, le comportement des fans et les actions du club que le match en lui même. J'aime le sport mais j'aime encore plus l'expérientiel. Qu'il soit dans le monde du commerce ou celui du sport business. | "Ceux qui essaient d'éviter l'échec, évitent le succès."

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INTERVIEW : Ryan Murrant (Brentford FC) “donner l’occasion au fan de parler”

Acteur majeur de l’expérience fan au sein du Brentford FC en Angleterre, Ryan Murrant partage avec nous sa philosophie au cours d’un long entretien.

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Interview Ryan Murrant Brentford FC

Ryan Murrant est Fan Engagement Manager dans le club anglais de Brentford FC évoluant en Championship (D2). Il a accepté de nous partager sa vision de l’expérience fan et ses actions pour l’améliorer dans son club. 

 

Bonjour Ryan, pouvez-vous vous présenter à notre communauté française afin de mieux comprendre ce que vous faites pour le club ?

Je travaille dans le football depuis 7-8 ans et mon rôle au sein du club de Brentford FC est Fan Engagement Manager. Pour faire court, mon rôle est principalement d’interagir et d’ajouter de la valeur aux supporters une fois qu’ils viennent à un match. Une partie de ce que je fais concerne l’acquisition, c’est pourquoi nous avons créé un site web sur mesure pour les familles : family.brentfordfc.com. Ce site explique à quoi cela ressemble ici pour les familles, à quoi s’attendre, ce qu’elles peuvent faire ici et comment profiter au mieux de leur journée au stade.

J’accorde beaucoup d’importance à nos familles mais aussi à notre déménagement dans notre nouveau stade pour m’assurer que nos supporters aient une expérience à laquelle ils adhèrent. Nous avons environ 10 groupes de réflexions couvrant différents sujets qui se rencontrent pour façonner la nouvelle expérience dans notre nouvelle enceinte.

Le nouveau stade de Brentford aura 17 250 sièges et sera accessible dès 2020

En tant que Fan Engagement Manager à Brentford FC, comment décrivez-vous Fan Engagement et Fan Experience ? Sont-ils similaires, complémentaires ou différents ?

Je pense que le terme « Fan Engagement » est utilisé dans tous les sens de nos jours. Beaucoup d’entreprises arrivent avec de nouveaux outils et applications de Fan Engagement qui selon moi ne participent pas à l’engagement des fans. C’est plus du marketing et de la communication. Pareil avec les « solutions » de Block Chain, pour moi, ce n’est pas du Fan Engagement.
Je crois que le Fan Engagement est de bien traiter les fans, être sympathique, créer des opportunités uniques, ajouter de la valeur à l’expérience du supporter sachant que les transactions peuvent suivre. Bien traiter vos supporters et ils vous en seront reconnaissants. Je crois que pour bien comprendre, vous devez avoir passé du temps vous-même en tant que fan de football. Les fans ont un attachement émotionnel à leur club et c’est au club d’y adhérer et d’améliorer cet attachement. Ce sont eux qui seront là pour toujours.

Quelles sont les forces humaines dont Brentford FC dispose pour travailler sur l’expérience fan de son public ?

Nous avons une culture qui exige que nous soyons les meilleurs dans tout ce que nous entreprenons. Pas de manière dictatoriale, mais pour que nos supporters soient fiers de ce que nous faisons sur le terrain et en dehors. Notre propriétaire est passionné d’un football attrayant et abordable. Notre PDG veut que nous ayons la meilleure fan experience du pays, et surtout que nous visons à être le club le plus diversifié et le plus inclusif d’Angleterre. Voila donc le point de départ. Cela est notre culture et nous sommes tous ici parce que nous partageons cette vision. Nous sommes tous solidaire.

En jour de match, nous avons une équipe mobile « Here to Help » (Ici pour aider) qui est en place autour du stade, à environ un kilomètre pour répondre à toutes les demandes et orienter les visiteurs. Quand vous vous approchez du stade il y en a davantage pour aider. Dans les tribunes nous avons de sympathiques stewards qui sont formés pour promouvoir et mettre en œuvre les messages du club.

Dans mon équipe en jour de matchs, j’ai 3 personnes, Jenn, Amber et Zelda qui aident à faire de notre famille ce qu’elle est.
Actuellement, nous sommes 2ème  au classement sur 71 équipes de l’EFL mais nous avons également la meilleure expérience familiale à Londres. Il faut savoir que notre stade est construit entre des maisons. Si vous sautez par-dessus un mur, vous finiriez dans le jardin de quelqu’un. C’est vraiment petit.

Il y a quelques semaines, nous avons partagé sur nos réseaux sociaux, deux courriels que vous aviez envoyé à vos fans. Le premier avait pour but d’annoncer en exclusivité le renouvellement du contrat d’un joueur à vos abonnés. Et le second était de demander aux fans absents pourquoi ils n’étaient pas présents aux précédents matchs.
Pouvez-vous nous en dire plus sur ces deux bonnes idées ?

En tant que fan de la plupart des clubs, votre interaction est réduite aux messages postés sur les réseaux sociaux, etc. Avec cette histoire de nouveau contrat, nous voulions donner à nos abonnés et à nos membres des infos exclusives et ainsi ajouter de la valeur à leur engagement envers le club.
Cela a bien fonctionné car le taux d’ouverture du mail était le plus élevé de tous ceux que nous avons envoyé. Si nous continuons à faire cela et à bien le faire, alors nous nous donnerons une possibilité de réaliser des deal commerciaux de sponsoring par exemple. C’est gagnant-gagnant pour toutes les parties et l’engagement des fans dans sa forme la plus véritable.

“Avec cette histoire de nouveau contrat, nous voulions donner à nos abonnés et à nos membres des infos exclusives et ainsi ajouter de la valeur à leur engagement envers le club.”

Concernant le mail envoyé aux abonnés qui ont manqué nos deux premiers matchs de championnat à domicile, c’est finalement l’action la plus simple et peut-être la moins onéreuse. Nous ne savons pas pourquoi les gens ne viennent pas, à moins que nous ne leur posions la question. Cependant c’est très facile de ne pas s’en soucier puis dans 9 mois en fin de saison leur demander de renouveler leur abonnement à 500 £. Sans action, nous pourrions déjà les avoir perdus à ce moment-là. Si nous pouvons connaitre la raison de leur absence le plus tôt possible, la probabilité qu’ils soient heureux et qu’ils viennent aux autres matchs fréquemment sera plus grande.
À partir de ce mail, nous avons réalisé de vraies actions ! Nous avons déplacé des gens parce que la personne assise à côté était désagréable, ou encore parce que la place n’était pas parfaite et que le toit dégoulinait ou parce qu’un abonné a subi une blessure qui nécessitait plus d’espace pour ses jambes. Certains étaient juste en vacances ou ont changé leurs rythmes de travail. Le fait est que si nous ne demandons pas, nous ne saurons pas, ce qui n’est pas cohérent avec notre stratégie envisagée, nous ne pourrons pas être les meilleurs dans ce cas. À mon avis, chaque club devrait avoir ce niveau de dialogue avec ses supporters, car cela signifie que le club écoute et valorise ses supporters. Si les fans ne veulent pas nous répondre ou nous parler, ils peuvent le faire, mais nous devons leur en donner l’occasion. C’est un basique qui est souvent oublié.

“À mon avis, chaque club devrait avoir ce niveau de dialogue avec ses supporters, car cela signifie que le club écoute et valorise ses supporters.”

Nous avons pu observer que vous réalisez de nombreuses actions avec les enfants et les jeunes à Brentford. Pourquoi cibler spécifiquement ce type de public ? 

Vous pouvez probablement vous souvenir de votre premier match au stade non ? La première fois que vous avez rencontré un joueur ou une mascotte ? Et bien les choses n’ont pas changé dans l’expérience émotionnelle du supporter. Aujourd’hui, nous avons juste davantage de moyens et d’activations pour faire du jour de match un moment magique. Les enfants ne se souviennent pas du score final quand ils ont 5 ou 6 ans mais se souviennent de leurs rencontres avec un coach, un joueur ou encore la mascotte. 
J’ai la conviction qu’il est de notre devoir de concevoir les belles histoires du lundi matin. Offrir aux enfants des souvenirs qu’ils pourront partager avec leurs copains à l’école et pareil pour les adultes avec quelques chose qu’ils pourront raconter au bureau. Ces histoires sont bien meilleures que n’importe quelle campagne de ticketing. 
Les supporters sont nos meilleurs ambassadeurs, ils vivent et respirent pour le club. Nous devons les rendre heureux, si c’est le cas, cela veut dire que nous travaillons bien. 

“Les enfants ne se souviennent pas du score final quand ils ont 5 ou 6 ans mais se souviennent de leurs rencontres avec un coach, un joueur ou encore la mascotte. 
J’ai la conviction qu’il est de notre devoir de concevoir les belles histoires du lundi matin.”

Les enfants sont la future génération de nos abonnés, de nos supporters, de nos fans occasionnels et peut-être nous avons parmi eux le prochain sponsor ou mieux encore, le prochain Matthew Benham (le propriétaire du Brentford FC) ! Nous devons adopter les meilleures pratiques, mettre en oeuvre les meilleures idées et faire de ce lieu un endroit où les familles souhaitent passer du temps comme elles le font dans d’autres loisirs. 

Nous sommes dans une localisation où nous avons des clubs comme Chelsea, QPR ou encore Fulham à proximité. C’est une concurrence forte pour convaincre les visiteurs de venir chez nous. Ces clubs ont tous une expérience et une histoire importante avec la Premier League et ce n’est pas notre cas. Nous ne pouvons pas rivaliser avec notre histoire mais en ayant la meilleure expérience au stade pour les supporters dans la capitale, nous pouvons nous démarquer. Il n’est pas possible de garantir une victoire par 1 à 0 toutes les semaines donc il faut un plan. Le nôtre commence avec une première visite des fans dans notre stade et la volonté d’être les meilleurs. 

En février, nous avions écrit un article à propos de l’action que vous aviez mené avec des enfants en jour de match. Plusieurs enfants participaient à l’organisation d’une rencontre à domicile. Du côté de l’expérience stade mais aussi du sportif. 
Quelle est la genèse de cette idée ? 

Je pense que le club d’Everton a été le premier club à faire ceci avec leurs Junior Blues et cela a été dupliqué un peu partout dans le pays. 
Nous l’avons fait lorsque j’étais à Doncaster Rover FC entre 2014 et 2016 avec les enfants d’une école locale. Cela avait vraiment bien marché. Ils le font encore aujourd’hui d’ailleurs. Depuis cette première expérience, nous avons perçu le besoin de faire évoluer cette idée. Alors nous avons travaillé avec notre communauté BFC Community Sports Trust pour concevoir cette animation engageant ou immersive auprès des enfants. Aucun club n’avait adopté cette approche. Nous avons invité des enfants avec des handicapes, des jeunes footballeuses, des jeunes travailleurs, etc. en leur donnant la chance de suivre une journée de match au club.
Les réactions des personnes impliquées étaient excellentes. Les médias nous ont énormément aidés et nous avons pub célébrer l’excellent travail que nous accomplissons tous.

J’en reviens aux histoires du lundi matin et à l’évolution des perceptions. Il n’y a pas meilleur moyen que l’immersion pour opérer ce changement. 
Je suis en contact régulier avec Morten au sein de notre club partenaire le FC Midtjylland, qui est sur le point de lancer le leur. 

Quelle est l’action fan engagement & experience dont vous êtes le plus fier avec Brentford FC ?

Je ne sais pas si je pourrais faire un choix. Chaque jour, semaine et match apporte de nouvelles opportunités et c’est ce qui en fait le meilleur travail que je puisse souhaiter.
Les gens disent en plaisantant que mon travail est «rose et moelleux», «tout sourire et Disney» et vous savez quoi ? C’est probablement ça parfois, mais c’est la raison d’être du divertissement. Si quelqu’un vient ici pour la 1ère ou la 1 000e fois et qu’il repart avec un sourire grâce à quelque chose que nous avons fait, c’est inestimable pour nous.

Comment le sujet du fan engagement & experience est-il devenu votre travail ? D’ailleurs, pouvez-vous décrire vos missions avec précision ?

Je n’en ai aucune idée, vraiment. Je pense que c’était un job normal au début mais finalement c’est devenu ma vie. Je suis obsédé par ça aujourd’hui. Je suis frustré et déçu de voir des contenus de mauvaise qualité, des clubs qui ne souhaitent pas engager leurs fans… Vous devenez perfectionniste and juge en fonction des standards de votre club. 

La plupart des bonnes pratiques ici viennent des clubs ayant un petit budget mais qui se soucient de leurs fans. Je crois fermement que pour faire ce type de travail il faut être un fan soi-même. Je ne veux pas dire un fan du club pour lequel vous travaillez mais vous devez comprendre que nous travaillons avec un produit qui peut amener les fans à rentrer chez eux ravis ou déçus. Je dis souvent que vous ne pouvez pas comprendre un fan (de football) avant d’avoir payé pour regarder votre équipe perdre 3 à 0 à l’extérieur par un temps froid et pluvieux puis recommencer encore et encore pendant des années.
Cela n’a aucun sens logique de laisser un ensemble de circonstances indépendantes de notre volonté déterminer notre humeur, mais en tant que fan de football, nous le faisons souvent deux fois par semaine lorsque notre équipe joue. 

“La plupart des bonnes pratiques ici viennent des clubs ayant un petit budget mais qui se soucient de leurs fans.”

C’est vraiment important pour les clubs de comprendre leur ADN en l’assument. Les fans sont ceux qui connaissent le mieux le club, alors parlez-leur, écoutez-les, comprenez-les et façonnez votre contenu en fonction d’un ton de voix avec lequel ils peuvent jouer. Nous ne sommes pas la BBC, pas un média alors pourquoi parler aux fans de cette manière ? En Angleterre, nous avons tendance à l’oublier.

Qu’est-ce qui vous motive dans ce que vous faites ?

Je dirais que je suis motivé pour être le meilleur ou avoir le dynamisme et l’environnement qui y aspirent.
Je fais cela depuis 7 ou 8 ans et j’ai déjà travaillé pour un PDG qui n’aimait le concept d’annonce des équipes par les enfants avant le coup d’envoi, car selon lui «vous n’agissez que sur une seule personne». Il était plus enclin à envoyer des mails en masses pour vendre des billets. Vous pouvez faire les deux mais vous avez besoin de la bonne culture.
Ce que j’aime chez les Bees de Brentford FC, c’est que nous avons la culture, d’excellents collègues et le soutien, la confiance nécessaire pour prendre des risques. Un environnement sain dans lequel je peux appeler Thomas Frank (manager du Brentford FC) et lui suggérer une nouvelle idée. C’est tellement unique dans le football. Le fait de travailler en totale confiance vous permet de le faire facilement. Jon, notre PDG, nous aime pour faire la fête et faire ce que nous aimons, vous ne pouvez pas en demander plus.

Nous savons que l’expérience en famille avec le Brentford FC est connue comme la seconde meilleure expérience fan dans le championnat de EFL. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce classement ? 

Et le premier dans la capitale ! 
C’est un classement géré par l’EFL. De vraies familles nous rendent visite deux fois par saison et nous jugent sur différents points de l’expérience de fan. L’EFL obtient ainsi diverses données et informations et les communique à tous les clubs en fin de saison. C’est une sorte de visite mystère. Mais nous ne formons pas notre staff pour l’unique visite de ces familles mystères. Car ce n’est pas la bonne façon de faire. Nous travaillons ensemble pour faire en sorte que chaque membre de l’organisation participe à l’amélioration de l’expérience tout au long de l’événement. 

https://twitter.com/BrentfordFC/status/1162337711409078275?s=20

D’où viennent toutes ces idées ? Y-a t’il une inspiration particulière derrière tout ça ? 

Certaines sont des idées recyclées, comme les enfants qui annonces les équipes avant le coup d’envoi. Nous l’avons fait à Southend en 2013. Six ans plus tard nous la réalisons ici et d’autres clubs l’utilisent à présent. J’aime ça, que chaque club puisse faire ces choses, elles sont gratuites et grâce à cela vous changez des vies.
Notre nouvelle initiative de jeunes fans qui partagent des messages dans le vestiaire des joueurs est unique. Les clubs de cricket permettent aux fans d’écrire des messages, mais ici nous voulions que ce soit très Brentford. Nous nous sommes assis et avons réfléchi à la manière dont pouvions ajouter un peu de magie, comment nos messages pouvaient devenir meilleurs que ceux de quiconque ? Et comme nous entretenons de si bonnes relations avec Thomas Frank, le manager, je l’ai appelé. Je lui ai partagé le concept, il a adoré et m’a dit d’amener les enfants dans les vestiaires à 14h45 ! Soit quinze minutes avant le coup d’envoi, c’est incroyable.
Alors d’où viennent les idées ? Dans ce cas, la culture du club a conduit celle-ci. C’est magnifique.

Les autres idées peuvent venir de n’importe qui ou de n’importe où, à n’importe quel moment. Je me suis réveillé en pleine nuit avec un concept que j’ai noté dans un mail que je me suis auto envoyé puis j’en ai discuté le lendemain. 
Cela peut se produire de cette manière, mais comme je l’ai mentionné plus tôt, une culture club appropriée fera ressortir le meilleur de chacun des membres. Pas d’égo, “no dickheads” dirait Thomas. Mais aussi, vous pouvez tous exceller, ensemble en tant qu’un. 

Quelles sont les KPIs que vous utilisez pour obtenir des résultats de vos actions ? Vous arrivez à distinguer le bénéfice de vos efforts ?

On analyse différentes data. Les visites sur le site internet du club, les communautés sur les réseaux sociaux, les mails reçus et nous évoluons en conséquence. En ce qui concerne les actions en jour de match, il est très difficile de les évaluer. Je blague avec nos collègues de la data en leur disant de compter les sourires. Mais ce n’est pas facile en effet. 
Si une idée fonctionne nous continuons et nous l’améliorons. Si cela ne fonctionne pas, nous l’améliorons et nous continuons. 

“En ce qui concerne les actions en jour de match, il est très difficile de les évaluer. Je blague avec nos collègues de la data en leur disant de compter les sourires.”

En general, est-ce que vous pensez que les clubs sont assez créatifs pour faire de l’expérience des fans quelques chose de plus fort ?

Non. Le jeu est encombré d’efforts symboliques et d’un manque de volonté d’impliquer les fans dans tout ce qui ne concerne pas les transactions financières. l’EFL et Mark Bradley de The Fan Experience Company ont réalisé un travail remarquable pour aider les clubs à prendre conscience de l’importance de l’expérience des supporters. C’est aux clubs de fournir les efforts et d’avoir le personnel et la culture désireux de briller.

“Le jeu est encombré d’efforts symboliques et d’un manque de volonté d’impliquer les fans dans tout ce qui ne concerne pas les transactions financières.”

Personnellement, je n’adhère pas à l’excuse du “manque d’argent” car les meilleures idées sont souvent gratuites. C’est l’égo de comprendre les supporters et reconnaitre la nécessité de s’identifier à chaque groupe de supporters car leurs besoins sont tous différents.
Nous ne pouvons pas faire beaucoup plus avec un espace restreint ou avec les familles, mais nous avons probablement un écart avec le «fan du carnaval» et les supporters les plus jeunes, où nous devons améliorer les choses. Ils forment un groupe important, souvent qualifié d’«ultras» ou de fauteurs de troubles, car ils souhaitent vivre une expérience de match différente que celle souhaitée par une famille. Nous devons tous faire plus d’efforts avec ces groupes car ce sont eux qui feront du bruit et créeront l’atmosphère du stade. C’est là que les clubs devraient travailler avec la FSA (Football Supporters Association) pour apprendre les meilleures pratiques des autres clubs britanniques ou ceux de l’étranger qui travaillent bien sur ce sujet.

Selon vous, la fan expérience est culturelle ? Par cette question, nous voulons vous demander si vous pensez que l’expérience est différente selon le sport ou le pays, ou si finalement c’est un concept global partagé par tous les fans de sports. 
D’ailleurs les fans anglais sont-ils différents des autres ? 

Oui, c’est vraiment culturel.
En Écosse, vous avez le Motherwell FC et son groupe d’ultras les «Well Bois». C’est un grand club avec un grand nombre de ses supporters qui se sentent souvent frustrés par les lois en vigueur et l’absence d’alcool dans les stade. À cause d’événements historiques, les lois sont devenues strictes et il n’y a aucune considération réelle pour le fan honnête qui veut juste chanter et s’amuser. C’est assez similaire ici mais pas aussi strict.
Nous ne pouvons pas boire en vue du terrain en Angleterre, mais vous allez en Allemagne ou au Danemark et vous pouvez regarder un match avec quelques bières et devinez quoi ? Vous apprécier le jeu et vous ne devenez pas automatiquement un voyou ! Ce n’est pas seulement de la bière, c’est encore ce mot “culturel”.

Au début de l’année, j’ai passé quelque temps au Danemark pour visiter quelques clubs, le FC Copenhague, le Bronby IF et le FC Nordsjaelland, et cela en valait vraiment la peine. Le FC Copenhague est une bête commerciale et le travail qu’il accomplit avec ses fans en matière de billetterie est révolutionnaire. Vous avez Brondy qui a une énorme section ultra, c’est assez intimidant, mais avec les bonnes personnes, vous vous sentez les bienvenus. Les ultras y ont même décoré l’espace familial. Ensuite, vous voyez le FC Nordsjaelland, qui compte 82% de l’effectif étant des diplômés de l’académie et 98% des fans constituent un public familial. Trois clubs complètement différents dans la même ligue avec trois cultures très différentes.

“Je pense que tous les clubs et tous les pays peuvent apprendre les uns des autres si nous y mettons tous un bon esprit.”

https://twitter.com/ryanmurrant/status/1130158141923123205?s=20

 

Est-ce que les fans d’Angleterre voudraient tous une batterie, un capo pour tout orchestrer et des fumigènes pour accueillir les équipes ? Probablement pas mais là-bas en Allemagne ou au Danemark, ça marche tellement bien.
Je pense que tous les clubs et tous les pays peuvent apprendre les uns des autres si nous y mettons un bon esprit.

En France, de nombreux spécialistes du sport business pensent que le modèle américain basé sur l’entertainment et le show, ne peut pas être dupliqué dans notre pays ou ailleurs dans le monde. À cause de notre culture et de la façon dont les gens consomment le sport ici. 
Quelle est votre opinion à propos de ce sujet ? Est-ce similaire en UK malgré les matchs de NFL et NBA délocalisés dans le pays ? C’est un modèle que vous admirez pour le Brentford FC ?

Nous avons le même processus de pensée ici et pour être honnête avant de travailler dans le football, je pensais la même chose. J’étais probablement le plus grand anti-moi qui soit !
Nous devons tous évoluer et pourquoi ne pas copier ce que font les Américains ? Ils sont des leaders mondiaux dans les services aux supporters. Si nous n’évoluons pas et ne devenons pas plus américains, nous risquons de perdre de nouveaux supporters qui ne sont peut-être pas aussi investis que les puristes du football. Les clubs (de football) ne doivent jamais oublier leur histoire, mais nous ne pouvons pas toujours garder les traditionalistes heureux, une fois qu’ils meurent ou cessent de venir, alors quoi ?

Ne vous méprenez pas, j’ai eu un jour un patron qui n’avait tout simplement pas la passion du football et il était difficile à gérer car il voulait toutes sortes de choses que les fans de football n’aurais jamais souhaitées. Il faut trouver un bon équilibre, mais si vous prenez le temps d’écouter les fans et de comprendre ce qu’ils veulent, vous êtes sur la bonne voie.
Si vous voulez voir la meilleure culture que j’ai rencontrée, adressez-vous au FC Nordsjaelland au Danemark et dites-moi qu’encourager les enfants et la mentalité américaine ne sont pas la bonne chose à faire. Ils ont des sponsors mondiaux en raison de leur culture, à votre avis, comment font-ils ?!

Tout le monde parle de transformation digitale dans le sport, avec des stades toujours plus connectés, des applications mobile, des technologies diverses comme la réalité virtuelle, etc. Que pensez-vous des opportunités et des risques, ou plus largement de l’impact que cela peut avoir pour l’experience des fans ?

Je pense que l’esport est une énorme menace pour les matchdays traditionnels. Car les gens ont appris à consommer et à participer à ce type d’activités.
C’est énorme et nous allons tous perdre des fans. Je pense que le passage au numérique a eu lieu au cours des deux dernières années, mais je pense aussi que la balance est revenue à des engagements analogiques. Les clubs ont davantage besoin de cette façon de penser américaine pour adopter le numérique, mais cela va prendre du temps et beaucoup d’investissements financiers. Nous devons faire attention à ce que, si jamais nous lançons des équipes esports, des applications, des outils de réalité virtuelle, etc., à ce que ce soit la meilleure qualité possible, sinon nous pourrions perdre ce “nouveau” public.
Je pense que les meilleures équipes le feront bien car elles peuvent presque se permettre d’échouer là où de nombreux clubs EFL ne peuvent pas prendre ce risque malgré les bonnes intentions.

Il y a peu, nous avions écrit un sujet sur le rôle des sponsors et marques dans l’expérience fan. Peuvent-ils contribuer à cet objectif d’enrichissement de l’expérience des spectateurs ?  

Les sponsors peuvent massivement aider les clubs dans cet objectif. Encore une fois, je regarde le FC Nordsjaelland, ils ont une grande culture du club, ils connaissent leur public et chaque sponsor est une marque mondiale. Ils ne sont pas nombreux, mais l’audience est tellement pertinente. Les sponsors et les clubs peuvent également se tromper s’ils ne comprennent pas la culture et l’authenticité de l’expérience ou des motivations des supporters. Trop de sponsors ou un turnover trop fréquent ne fonctionnera pas pour les fans et à l’inverse, pas assez de sponsors ne fonctionnera pas pour le club. Il doit y avoir un équilibre.

Un exemple avec Brentford FC et notre équipementier Umbro. Nous avons utilisé de vrais fans et des joueurs pour créer l’Umbro double diamant sur le terrain, et ainsi permettre aux fans de diffuser leurs messages à partir de leurs propres comptes sur les réseaux sociaux.

Question plus personnelle, quelle est la meilleure experience que vous avez pu vivre en tant que fan ?

Quand j’étais plus jeune, à l’école, nous avions demandé à participer à la réunion des supporters pour aider à choisir les nouveaux maillots et les offres abonnements à Leicester City (mon équipe favorite). Mon père et moi avions été invités, nous pensions alors que nous étions un nombre important. Finalement, nous étions que 6 au total !
Ce jour-là, j’ai porté le nouveau maillot du club et une semaine plus tard, j’ai reçu une lettre du club me disant que j’étais le premier supporter à porter ce nouveau kit. J’ai toujours la lettre et je vous en parle maintenant, c’est aussi puissant que cela. C’est un souvenir unique.

Dans la plupart des emplois que j’ai occupé dans le football, nous avons également réalisé ce type d’idée avec des fans qui portent le nouveau maillot en avant première et devinez quoi ? Je me suis assuré que chacun reçoive une lettre lui disant qu’il était le premier à le porter. Je sais que c’est positif et le sentiment que cela procure puisque je l’ai vécu !

Pour finir, quelles sont vos futures ambitions ? Vos projets dans 3, 5 ou 8 ans ?     

Mes ambitions les plus proches sont de remporter le trophée Family Club 2020 par l’EFL ou au moins d’être le meilleur club du championnat. Je souhaite également faire tout ce qui est en mon pouvoir pour faciliter la transition entre ce stade et notre nouveau stade à venir, de manière transparente et inclusive pour nos groupes de supporters.

Plus loin dans le temps ? J’aimerais être dans le bain de la Premier League d’ici deux ans et, avec un peu de chance, avec les bonnes personnes avec qui je travaille ici à Brentford.

 

Merci à Ryan pour ce long entretien passionnant. Nous vous invitions à partager largement cette interview et à suivre Ryan et le Brentford FC sur les réseaux sociaux. 

 

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