Suis-nous

Interviews

INTERVIEW : Nicolas Bourreau : “On ne sait pas utiliser le storytelling en France”

Spécialiste en sport business et sponsoring, Nicolas Bourreau nous partage sa vision de l’expérience des fans et de l’usage du storytelling dans le sport.

Publié

le

Nicolas fait partie des personnes que nous avions présenté dans la liste des personnalités à suivre en 2019 pour assurer une veille des sujets liés à l’expérience des spectateurs. Il nous livre aujourd’hui sa vision du sport business et s’exprime sur les sujets de l’expérience fan et du storytelling.

 

En ce début d’année 2019, il nous semblait intéressant de vous partager une liste de comptes et personnalités à suivre sur les réseaux sociaux pour assurer une veille des sujets sport business et fan expérience. Des personnes que nous suivons régulièrement et qui nous inspirent. L’objectif étant ensuite de consacrer une interview à chacune de ces personnalités. 
Après Antony Thiodet, c’est au tour de Nicolas Bourreau de se prêter au jeu de l’interview pour Fanstriker. 

Bonjour Nicolas, peux-tu nous en dire plus sur toi ?

Je suis un professionnel du marketing depuis plus de 15 ans maintenant. J’ai eu la chance de débuter ma carrière dans le sport professionnel en tant que Responsable Marketing et Communication à l’ASVEL Lyon-Villeurbanne puis au BCM Gravelines-Dunkerque. Aujourd’hui, je suis consultant et j’accompagne des entreprises de tout secteur et de toute taille qui souhaitent faire évoluer leur offre ou leurs produits.
Je les aide à définir leur positionnement et à améliorer leur mise sur le marché. Je suis identifié comme “spécialiste” de la thématique Sport Business et on dit souvent de moi que j’ai des idées qui tranchent. Je trouve que c’est un beau clin d’oeil à mon nom de famille.

Tu es donc consultant en communication et marketing notamment sur le marché du sport. En quoi consiste ton travail ?

Je fais entrer le marketing dans les entreprises qui en ont besoin. Et toutes les entreprises en ont besoin. Besoin de se repositionner sur leur marché. Besoin d’optimiser le lancement d’un nouveau produit. Besoin de repenser la manière de se présenter, de communiquer. Besoin de développer de nouveaux services…

Ma position de consultant me permet d’avoir le recul nécessaire sur les entreprises accompagnées, pour avoir un regard neuf. Mon travail de consultant consiste à révéler le potentiel de chaque entreprise en 3 phases : une phase d’audit, une phase de mise en oeuvre des recommandations et une phase de suivi. L’objectif est qu’ensuite, les équipes accompagnées puissent s’approprier les sujets mis en oeuvre et poursuivre d’elles-mêmes leur développement.

Dans le sport, j’aide les clubs à fidéliser leurs clients et à trouver des solutions pour développer leurs revenus et j’accompagne les sponsors dans le choix, l’activation et l’optimisation de leurs partenariats.

En début d’année, nous t’avions ajouté à la liste des personnalités à suivre pour obtenir une veille des sujets liés à l’expérience fan et le fan engagement. Pourquoi es-tu si intéressé par ces thématiques ?

Même si je ne travaille plus aujourd’hui dans les clubs, je reste malgré tout passionné par le business du sport et je garde un lien professionnel avec le milieu.

Plus grave encore, je trouve qu’on a tendance à vouloir trop digitaliser, virtualiser ces deux thématiques. Je pense honnêtement que c’est dangereux pour l’avenir du sport.

La Fan Experience et le Fan Engagement sont à mes yeux la base du sport business. Et je trouve qu’on a trop tendance à l’oublier. Plus grave encore, je trouve qu’on a tendance à vouloir trop digitaliser, virtualiser ces deux thématiques. Je pense honnêtement que c’est dangereux pour l’avenir du sport.

C’est pour ça que je fais mon maximum pour partager ma vision du sport business, ma philosophie, sans pour autant chercher à évangéliser. Je veux qu’on s’interroge et qu’on se pose les vraies questions car j’ai parfois l’impression que les acteurs des clubs cherchent des réponses faciles et rapides à leurs problèmes. Je ne vois rien de pérenne dans ces démarches.

Que ce soit sur Twitter ou LinkedIn, tu partages un grand nombre d’actualités. Comment fais-tu pour réaliser cette veille hebdomadaire ?

J’y passe du temps. Beaucoup de temps. Mais je pense que c’est important car ça nourrit ma réflexion et mes idées. J’essaie toujours de m’inspirer de ce qui se fait ailleurs et de préférence chez les meilleurs même s’il y a du bon à prendre partout.

Je suis des magazines, sites et blogs spécialisés et je m’abonne à leurs flux RSS. Ensuite, chaque matin, je lis le contenu de ces flux et j’essaie d’y trouver des points à adapter en France. La veille est ce qui est le plus important dans mon travail de consultant.

Une grand partie des actualités que tu partages provient des États-Unis. Tu as une sensibilité particulière avec ce pays ?

Non aucune sensibilité particulière avec le pays. Par contre, j’apprécie particulièrement la manière dont leurs professionnels abordent le sport business. La philosophie est très différente de ce que l’on peut retrouver en Europe de manière générale.

J’ai découvert le sport US à la fin des années 80 avec la NBA. Et en grandissant, au-delà des matchs, je me suis aussi intéressé à la manière dont la NBA et ses franchises faisaient du marketing. Et j’ai aimé car ça correspondait vraiment à ce que j’avais moi-même en tête, aborder le sport de manière plus globale, plus sociétale. Donc rapidement je me suis inspiré de ce qu’ils faisaient.

Tu penses que leurs actions sont applicables chez nous, où il y a cette différence de culture qui ne nous le permet pas encore ?

La différence de culture existe, j’en suis conscient. Mais elle existe aussi entre la France et ses voisins européens. Elle existe aussi entre les gens du Nord et ceux qui vivent sur la Côte d’Azur. Donc je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’inspirer de ce que font les américains en Sport Business. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas adapter ce qu’ils font.

La différence culturelle ne doit pas devenir une excuse pour ne rien faire. Cette excuse arrange peut-être certains acteurs qui n’ont aucun intérêt à ce que le milieu évolue en France, ça je peux le comprendre. Mais dire que ce que font les américains n’est pas applicable chez nous, j’ai du mal à l’entendre. Et j’ai d’autant plus de mal que j’ai mis en place, dans deux clubs différents, des approches venues des USA et qui ont été de vrais succès. Pourtant, moi aussi on m’avait dit que ces projets n’étaient pas réalisables en France.

Le storytelling est quelque chose de très visible dans tes prises de parole. Est-ce que nous utilisons suffisamment cette méthode en France, pour créer des histoires autour d’un événement sportif qui intéressent le public ?

Sujet sensible et je vais être très direct. Je pense qu’on ne sait pas utiliser le storytelling à bon escient en France et à tous les niveaux du sport business.

Par exemple, si on ne parle que de la face immergée de l’iceberg, ce qui se passe sur les terrains et les acteurs, on ne parle quasiment jamais des hommes et des femmes, de leur vie. On ne parle quasiment que des sportifs, de leur vie de sportifs, de leurs performances de sportifs… Difficile pour quelqu’un de normal, comme vous et moi, de s’identifier à un athlète si on ne me partage de sa vie que ses exploits sportifs.

Je pense qu’on ne sait pas utiliser le storytelling à bon escient en France et à tous les niveaux du sport business.

Notre défaut est de croire que ce qui intéresse les fans, les spectateurs et les téléspectateurs est l’aspect technique du sport. Et du coup, on tente de l’analyser, de le commenter, de le sur-analyser avec des experts, des consultants, des spécialistes, des sur-experts, des consultants de consultants… ça en devient risible, honnêtement. On est en droit de se demander si la baisse des audiences du sport sur certaines chaînes ne vient pas de cette course effrénée à l’analyse technique. Ce qui me dérange dans cette approche, c’est que ça en devient une sorte de dictate qui pourrait laisser croire qu’il n’y a qu’une seule manière d’apprécier un spectacle sportif : la lecture technique. Et du coup, on exclue par la même occasion tous les autres niveaux de lecture. Un peu comme si, quand vous écoutez une chanson, une personne vient vous dire ce que vous devez ressentir et pourquoi cette chanson est belle ou non, quelle émotion vous devez ressentir en l’écoutant… Mais que fait-on de la liberté de chacun d’apprécier le sport comme il le veut ?

Il y a 10 ans, alors que j’étais responsable marketing et communication d’un club de sport pro, j’ai sollicité notre ligue lors d’un séminaire marketing pour que l’on puisse récupérer l’ensemble des statistiques de notre club et en devenir les propriétaires. J’avais expliqué que nous avions l’ambition d’exploiter nos statistiques pour créer des histoires, des événements autour des événements. Pour que les fans puissent venir pour autre chose que le match en lui-même. C’était une première approche du storytelling. Malheureusement, la ligue n’a pas accepté de partager les statistiques avec nous.

Dans cette veille que tu réalises chaque semaine, as-tu observé des concepts innovants et applicables dans l’hexagone ?

Tout ce que je partage est réalisable en France. Nous ne sommes pas plus bêtes que les autres. Il faut juste qu’on arrive à se convaincre qu’on peut le faire et ensuite s’en donner les moyens. Il faut arrêter de chercher la facilité. Je pense que c’est lorsqu’on est confronté à la contrainte qu’on innove, qu’on avance, qu’on grandit. Si on passe son temps à éviter cette contrainte, on stagne.

Que penses-tu de l’expérience que les clubs proposent à leurs fans dans le sport en général aujourd’hui ?

En France, j’ai encore du mal à voir ce qu’est l’expérience que les clubs proposent à leurs fans. L’expérience dans nos stades, c’est encore et surtout les groupes de supporters qui la font vivre, au-delà de ce que peuvent proposer les joueurs sur le terrain.

Aujourd’hui, la Fan Experience est souvent associée au digital dans les médias. Et autant je pense que le digital a un rôle important à jouer dans la Fan Experience d’un point de vue logistique, autant je pense qu’il peut aussi être dangereux et tuer la Fan Experience s’il est utilisé en dehors de ce cadre logistique.
Je trouve que le digital est extraordinaire pour simplifier et accélérer le parcours du fan. Comment il peut acheter ses billets de matchs. Comment il peut accéder rapidement au stade. Comment il peut passer rapidement les portiques de contrôle. Ou encore, comment il peut trouver simplement sa place et s’y rendre par le chemin le plus court ou le plus rapide…

Avant de penser à donner aux fans les moyens de partager les émotions qu’ils vivent au stade, il faut déjà leur faire vivre des émotions. Si un fan vient au stade et qu’il vit des émotions fortes, qu’il participe lui-même au spectacle, qu’il crie, qu’il échange avec ses voisins, qu’il vit de vraies émotions, n’ayez aucun doute qu’il trouvera le moyen de les partager sur les réseaux sociaux une fois le match terminé.

Le digital doit aider à ce que le fan ait le sourire au moment de poser ses fesses sur son siège. Car ça signifie alors qu’il est dans un état d’esprit positif et optimal pour consommer et apprécier le spectacle sportif. Si au moment de s’asseoir il fait la gueule parce qu’il a mis 3 heures pour venir au stade, 30 minutes pour passer le portique et qu’il s’est perdu 3 fois avant de trouver sa place, il y a de grandes chances qu’il ne soit pas dans les meilleures dispositions pour aimer le spectacle qu’on va lui proposer.

Je pense que c’est là, la force du digital dans la Fan Experience. Par contre, à partir du moment où le spectacle débute, je pense que le digital n’a plus sa place dans la Fan Experience. Car avant de penser à donner aux fans les moyens de partager les émotions qu’ils vivent au stade, il faut déjà leur faire vivre des émotions. Si un fan vient au stade et qu’il vit des émotions fortes, qu’il participe lui-même au spectacle, qu’il crie, qu’il échange avec ses voisins, qu’il vit de vraies émotions, n’ayez aucun doute qu’il trouvera le moyen de les partager sur les réseaux sociaux une fois le match terminé. L’erreur, c’est de croire que c’est le digital qui crée les émotions. Le digital n’est qu’un outil qui permettra de les partager, de les relater.

Nous sommes actuellement en train d’étudier l’organisation d’une conférence dont le thème principal serait : L’expérience fan est-il un effet de mode, ou une vraie nécessité pour les acteurs du sport.
Selon toi, existe-t-il une vraie prise de conscience au sein des structures ?

Pour le coup, la Fan Experience est tout sauf un effet de mode. C’est le coeur du business du sport, le coeur du business des clubs, depuis toujours. Et même si tous n’ont pas la même approche et la même maturité sur ce sujet, ils ont tous conscience que c’est un point central voire prioritaire de leur développement.

D’ailleurs, comment définirais-tu l’expérience fan ?

La Fan Experience c’est tout ce que le fan vit à chaque point de rencontre avec le club. La Fan Experience, c’est ce que le fan va raconter à ses amis quand ils vont lui demander : “Alors, c’était comment le match ? Tu as aimé ?” La Fan Experience, c’est tout ce dont le fan se souviendra dans une semaine, dans 1 an, dans 10 ans.

Si tu prenais les commandes d’un club professionnel sur les sujets liés à l’expérience du public, quelles actions pourrais-tu proposer aux fans pour leur garantir une meilleure expérience ?

Si on parle de l’expérience du public et donc dans les stades, comme je l’ai expliqué avant, je ferais en sorte de définir chacun des points de rencontres entre le fan et le club avant, pendant et après le match. Et je mettrais tout en oeuvre, avec les moyens humains et le digital, pour que le fan arrive à sa place avec le sourire et qu’il reparte chez lui dans les meilleures conditions. Pour tout ce qui se passe entre le début et la fin de match, je mettrais le moins de digital possible. Par contre, je ferais mon maximum pour que le fan vive quelque chose, pour qu’il ait envie de parler avec ses voisins, qu’il les connaisse ou non, qu’il saute, qu’il chante, qu’il crie, qu’il bondisse pour attraper un goodie… J’essaierais au maximum de lui faire vivre le moment. Et pas qu’il le vive via le filtre de son téléphone.

D’après ta propre expérience ou ta connaissance du sujet, un club pourrait-il être nommé comme LA référence en matière d’expérience des fans ?

Aux USA, beaucoup de clubs font vivre une vraie expérience à leurs fans mais je pense que le must du must est la franchise NFL des Green Bay Packers. C’est une franchise mythique et qui a la particularité d’appartenir à ses fans. Je pense que ça joue beaucoup dans l’implication émotionnelle de chacun car en sport business, on dit toujours qu’un fan apprécie d’autant plus le spectacle qu’il consomme qu’il s’implique lui-même et participe à le créer.

L’ambiance dans le stade des Packers est incomparable. Le soutien et la ferveur du public uniques. Les fans ont des rites, des traditions et sont parmi les champions des déguisements. On voit à chaque match des fans avec des fromages sur la tête. C’est une tradition.

Si tu voulais partager un message aux futurs acteurs du sport business, dans les clubs, les ligues, fédérations ou autres marques au sujet de l’expérience du public que dirais-tu ?

Je leur dirais de ne pas être fatalistes et de rester focus sur les fans et leurs attentes. On a trop tendance, en France, à être focus sur les besoins et attentes du club et à développer des réponses, des produits dans ce sens.

Merci à Nicolas pour cette interview, vous pouvez retrouver sa veille hebdomadaire sur LinkedIn ou encore Twitter.

Cet article était-il intéressant ?

Au stade, je passe plus de temps à observer les animations, le comportement des fans et les actions du club que le match en lui même. J'aime le sport mais j'aime encore plus l'expérientiel. Qu'il soit dans le monde du commerce ou celui du sport business. | "Ceux qui essaient d'éviter l'échec, évitent le succès."

Fan expérience en France

Visul3 : le design au service du fan

Rencontre avec Visul3, un studio de création qui réalise des prestations visuelles à destination des clubs et de leurs fans.

Publié

le

Visul3, studio de création spécialisé dans le sport

Lancé en 2017, Visul3 est un studio de création spécialisé dans le sport. La société, basée en région lilloise, propose en effet différents services à destination des clubs tels que de l’infographisme, de l’audiovisuel et du graphisme.

 

Fondatrice du studio, Helene Magario a répondu à nos questions. Nous avons échangé ensemble sur le métier et les missions de Visul3, ainsi que sur sa perception personnelle de l’expérience fan.

Bonjour Hélène, peux-tu nous présenter ton parcours de tes études jusqu’à Visul3 ?

Après un BTS et une Licence Pro audiovisuel & Internet, j’ai réalisé un stage de fin d’études au LOSC Lille. Un stage suivi d’une embauche car le stade Pierre Mauroy ouvrait dans l’année à venir. Il y avait un besoin en ressources humaines dans la technique audiovisuelle. Je suis resté plus de 4 ans au club puis en 2015, j’ai décidé de créer mon auto-entreprise. Je souhaitais réaliser de l’audiovisuel au sens large. Ayant une bonne expérience dans le sport, je savais que j’avais des compétences sur des formats spécifiques comme les LEDs bord terrain. J’ai donc proposé ce service à des clubs de football et mon premier contrat a été signé avec le SC Bastia. Ce qui m’a permis d’ouvrir des portes dont celle de la finale de Coupe de France d’hockey sur glace en 2016 à l’AccorHotels Arena.

Suite à ces missions, j’ai décidé de me spécialiser pleinement dans le sport. J’ai ainsi fait des rencontres avec des clubs comme l’En Avant Guingamp et d’autres acteurs du milieu comme Lagardère. Le monde sportif étant petit, il est “facile” d’étendre son réseau car on se retrouve tous à un événement ou un autre. Mon entreprise est ensuite devenue une SASU début 2017.

Peux-tu nous en dire plus sur Visul3 et son métier ?

Aujourd’hui nous sommes une équipe de trois, deux alternants et moi-même. Nous faisons également appel en cas de nécessité à des freelances, notamment pendant les périodes les plus actives de la saison sportive.

Notre métier consiste à créer des contenus vidéos destinés aux écrans géants et aux LEDs bord terrain dans les stades. En tant qu’ancienne technicienne, j’ai la chance de parfaitement bien connaître les différents formats de ces supports. Ce qui nous permet de conseiller les marques sur la bonne taille des messages et sur les erreurs à éviter comme l’affichage d’un numéro de téléphone (rire). Nous avons également un gros pôle graphique. Une partie que nous avons beaucoup développée avec des clubs comme l’US Orléans. Nous leurs avons en effet livré un pack tout compris avec un site Internet, les créations graphiques pour des supports print ainsi que les vidéos à diffuser au stade et sur les réseaux sociaux. Tout notre savoir-faire en un !

Notre objectif est d’être polyvalent et de pouvoir ainsi proposer aux clubs de nombreuses prestations adaptées à leur budget et leurs besoins. Notre rôle n’est pas d’être dans la stratégie de communication et marketing, ce que font les entités en grande partie en interne, mais d’être dans l’opérationnel grâce à nos créations visuelles. C’est également la raison pour laquelle nous nous adressons essentiellement à des clubs de Ligue 2 en football, de basketball ou de volley, car ils n’ont pas tous les ressources nécessaires en matière de design.

Quel est selon toi l’impact du design dans l’expérience fan ?

On peut prendre l’exemple des fiches joueurs vidéos qu’on diffuse pour nos clients sur les écrans géants ainsi que sur les médias sociaux. Ce sont via ces fiches qu’on annonce les titulaires ou bien les buteurs. Nous avons rapidement constaté que les images statiques étaient beaucoup moins engageantes que les vidéos. Nous le savons tous aujourd’hui, la vidéo est devenue un support incontournable qu’elle soit longue ou courte. Même les GIFs fonctionnent très bien alors qu’on les croyait disparus ! Mais comme ce sont des contenus animés, l’engagement est là. Puisque les fans veulent de l’animation au stade et sur les réseaux sociaux. D’où l’intérêt d’avoir un design et des effets adaptés qui leur parlent.

C’est d’autant plus le cas quand les joueurs se lâchent devant la caméra. On a pu vivre cette expérience avec les Corsaires de Nantes où les hockeyeurs ont totalement joué le jeu en se déguisant, en faisant des gestes extravagants ou en apportant des accessoires originaux. C’est important car ça rend le sportif accessible aux yeux du fan. Et c’est à nous d’apporter cette touche créative pour que le contenu soit le plus engageant possible aussi bien sur les réseaux qu’en physique. Pour l’US Orléans, on a par exemple scénarisé l’entrée des joueurs en simulant un bug informatique sur les écrans pour capter au maximum l’attention des fans présents. C’est tout cet ensemble de créations qui peut faire en sorte d’attirer plus de monde dans les stades et d’augmenter l’engagement des supporters !

La saison derrière, vous avez modernisé toute la signalétique du stade et des espaces réceptifs de l’US Orléans. Quels étaient les objectifs de cette modernisation ?

Avant ce projet, l’USO avait déjà refait toutes les peintures du stade à ses couleurs : rouge et jaune. Le but était que les panneaux aient les mêmes couleurs. Buvette, signalétique, zones VIP, couloirs… tout a été pensé pour avoir une harmonie globale via ces différentes créations en respectant bien évidemment l’ADN du club. D’autant plus que l’US Orléans a désormais l’exclusivité d’utilisation du Stade de la Source. C’était ainsi l’occasion de créer un environnement qui lui est propre et où les fans se sentent eux aussi chez eux.

Visul3, studio de création spécialisé dans le sport

Quels sont selon toi les facteurs clés de succès d’une identité visuelle engageante dans le sport ?

Premièrement, il faut respecter l’histoire du club, tout en apportant une touche de modernité. C’est ce qu’a par exemple fait le FC Nantes avec son nouveau logo que je trouve personnellement très réussi. Ensuite, tous les éléments graphiques autour de ce noyau, représenté par le logo et les couleurs historiques, doivent être cohérents aux yeux des supporters. Il faut que les fans puissent s’identifier facilement.

Aujourd’hui, un club est une marque. Sa stratégie créative vise donc à être frappante et reconnaissable de partout. Et maintenant il faut aller au-delà du digital. Prenons l’exemple du merchandising. Les fans doivent pouvoir porter dans la vie de tous les jours des vêtements aux couleurs de leur club car le design proposé est classe, discret et offre un look streetwear qui plaît. C’est exactement ce que le PSG a mis en place avec Jordan.

Depuis vos débuts, quelles sont vos créations qui fonctionnent le mieux ?

La création pour laquelle on a eu le plus de retours positifs de la part des supporters, ce sont les cartes joueurs. Les fameuses cartes qui sont destinées à être dédicacées. Pourquoi elles ? Peut-être parce que c’est le dernier support physique encore “en vie”. Effectivement, aujourd’hui tout est publié sur les médias sociaux. Avoir quelque chose de palpable entre les mains, c’est forcément marquant. A titre personnel, j’ai gardé toutes celles qu’on avait au LOSC à l’époque. Et je suis fière d’avoir chez moi la carte d’Eden Hazard quand il était encore Lillois (rire) ! C’est comme la carte d’abonné qu’on garde chez soi de saison en saison. De plus, si le design est personnalisé, c’est encore plus attachant pour le fan.

On a aussi souvent des échanges avec les partenaires des clubs qui sont satisfaits de la visibilité que leur apportent les LEDs bord terrain. Avec ce support, on a pu identifier trois niveaux de marques :

  • Les marques populaires : où le message est de moins en moins nécessaire car l’identité visuelle de la marque (logo, couleurs…) suffit pour la reconnaître (Amazon, Boulanger, Orange…)
  • Les marques secondaires : où une courte accroche permet de présenter le domaine d’activité de la marque ou un nouveau produit
  • Les marques locales : où il faut apporter un minimum d’informations pour faire connaître la marque

Cette hiérarchisation est importante car nous savons ce qu’il faut proposer à un partenaire en fonction de sa notoriété. En plus de la créativité, il y a donc un travail de conseil. Par exemple, sur les LEDs bord terrain, on évite les fonds blancs puisqu’en cas de forte luminosité c’est illisible.

Ce conseil, on le donne aussi aux clubs. Afin qu’ils puissent amortir leurs investissements en communication, on les aide à proposer aux partenaires le bon support au bon prix. Comme on sait quantifier la portée de ces supports digitaux et physiques, on mesure la visibilité qu’ils peuvent générer pour le partenaire. Par exemple, le Rodez Aveyron Football a pu associer un sponsor à chaque contenu créé (fiche joueur, présentation des joueurs sur l’écran géant, etc.). Un modèle qui permet au partenaire de s’adresser aux fans d’une manière unique. Et pour le club, notamment quand ses budgets marketing sont minces, c’est une opportunité pour pouvoir animer son stade et ses communautés en limitant les coûts.

A moyen et long terme, quels sont les objectifs de Visul3 ?

Le principal objectif est de se développer d’en d’autres sports comme le rugby, le volley et le basketball. Des sports où nous avons déjà travaillé pour certains acteurs. Cela passera par une embauche d’un profil commercial en interne et la recherche d’investissements. Nous savons que le champ dans le monde du sport en France est large. Il faut donc se donner les moyens de frapper aux portes et de faire connaître notre savoir-faire.

Enfin, dernière question, que nous posons lors de chacune de nos interviews, quelle est votre propre définition de la fan experience ?

La fan experience pour moi, c’est lorsqu’on sort du stade et qu’on se dit : “J’ai vécu un bon moment”. Pas seulement grâce au match, mais grâce à l’ambiance, aux installations, aux animations, à l’accessibilité et à la sécurité. En France, on n’a pas encore l’habitude de faire venir tôt et faire rester tard les fans au stade. Néanmoins, des clubs comme le LOSC tentent de belles initiatives pour proposer aux fans un véritable rendez-vous. Et au vu de mon expérience, je pense ces idées peuvent se concrétiser plus rapidement si dans les clubs, les services Marketing, Communication et Technique échangent plus souvent. Puisque les compétences et les idées des uns servent aux autres pour mener à bien des activations innovantes.

Merci à Hélène de Visul3, studio de création spécialisé dans le sport, pour cet échange enrichissant.
Vous pouvez retrouver toutes nos interviews dans l’onglet Interview sur le site. Si vous êtes un professionnel du sport business et que vous souhaitez échanger sur le sujet de l’expérience des spectateurs, vous pouvez nous écrire sur hello@fanstriker.com ou sur chacun de nos réseaux sociaux.

Cet article était-il intéressant ?

Continuer la lecture

Nouveautés