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INTERVIEW : Nicolas Bourreau : “On ne sait pas utiliser le storytelling en France”

Spécialiste en sport business et sponsoring, Nicolas Bourreau nous partage sa vision de l’expérience des fans et de l’usage du storytelling dans le sport.

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Nicolas fait partie des personnes que nous avions présenté dans la liste des personnalités à suivre en 2019 pour assurer une veille des sujets liés à l’expérience des spectateurs. Il nous livre aujourd’hui sa vision du sport business et s’exprime sur les sujets de l’expérience fan et du storytelling.

 

En ce début d’année 2019, il nous semblait intéressant de vous partager une liste de comptes et personnalités à suivre sur les réseaux sociaux pour assurer une veille des sujets sport business et fan expérience. Des personnes que nous suivons régulièrement et qui nous inspirent. L’objectif étant ensuite de consacrer une interview à chacune de ces personnalités. 
Après Antony Thiodet, c’est au tour de Nicolas Bourreau de se prêter au jeu de l’interview pour Fanstriker. 

Bonjour Nicolas, peux-tu nous en dire plus sur toi ?

Je suis un professionnel du marketing depuis plus de 15 ans maintenant. J’ai eu la chance de débuter ma carrière dans le sport professionnel en tant que Responsable Marketing et Communication à l’ASVEL Lyon-Villeurbanne puis au BCM Gravelines-Dunkerque. Aujourd’hui, je suis consultant et j’accompagne des entreprises de tout secteur et de toute taille qui souhaitent faire évoluer leur offre ou leurs produits.
Je les aide à définir leur positionnement et à améliorer leur mise sur le marché. Je suis identifié comme “spécialiste” de la thématique Sport Business et on dit souvent de moi que j’ai des idées qui tranchent. Je trouve que c’est un beau clin d’oeil à mon nom de famille.

Tu es donc consultant en communication et marketing notamment sur le marché du sport. En quoi consiste ton travail ?

Je fais entrer le marketing dans les entreprises qui en ont besoin. Et toutes les entreprises en ont besoin. Besoin de se repositionner sur leur marché. Besoin d’optimiser le lancement d’un nouveau produit. Besoin de repenser la manière de se présenter, de communiquer. Besoin de développer de nouveaux services…

Ma position de consultant me permet d’avoir le recul nécessaire sur les entreprises accompagnées, pour avoir un regard neuf. Mon travail de consultant consiste à révéler le potentiel de chaque entreprise en 3 phases : une phase d’audit, une phase de mise en oeuvre des recommandations et une phase de suivi. L’objectif est qu’ensuite, les équipes accompagnées puissent s’approprier les sujets mis en oeuvre et poursuivre d’elles-mêmes leur développement.

Dans le sport, j’aide les clubs à fidéliser leurs clients et à trouver des solutions pour développer leurs revenus et j’accompagne les sponsors dans le choix, l’activation et l’optimisation de leurs partenariats.

En début d’année, nous t’avions ajouté à la liste des personnalités à suivre pour obtenir une veille des sujets liés à l’expérience fan et le fan engagement. Pourquoi es-tu si intéressé par ces thématiques ?

Même si je ne travaille plus aujourd’hui dans les clubs, je reste malgré tout passionné par le business du sport et je garde un lien professionnel avec le milieu.

Plus grave encore, je trouve qu’on a tendance à vouloir trop digitaliser, virtualiser ces deux thématiques. Je pense honnêtement que c’est dangereux pour l’avenir du sport.

La Fan Experience et le Fan Engagement sont à mes yeux la base du sport business. Et je trouve qu’on a trop tendance à l’oublier. Plus grave encore, je trouve qu’on a tendance à vouloir trop digitaliser, virtualiser ces deux thématiques. Je pense honnêtement que c’est dangereux pour l’avenir du sport.

C’est pour ça que je fais mon maximum pour partager ma vision du sport business, ma philosophie, sans pour autant chercher à évangéliser. Je veux qu’on s’interroge et qu’on se pose les vraies questions car j’ai parfois l’impression que les acteurs des clubs cherchent des réponses faciles et rapides à leurs problèmes. Je ne vois rien de pérenne dans ces démarches.

Que ce soit sur Twitter ou LinkedIn, tu partages un grand nombre d’actualités. Comment fais-tu pour réaliser cette veille hebdomadaire ?

J’y passe du temps. Beaucoup de temps. Mais je pense que c’est important car ça nourrit ma réflexion et mes idées. J’essaie toujours de m’inspirer de ce qui se fait ailleurs et de préférence chez les meilleurs même s’il y a du bon à prendre partout.

Je suis des magazines, sites et blogs spécialisés et je m’abonne à leurs flux RSS. Ensuite, chaque matin, je lis le contenu de ces flux et j’essaie d’y trouver des points à adapter en France. La veille est ce qui est le plus important dans mon travail de consultant.

Une grand partie des actualités que tu partages provient des États-Unis. Tu as une sensibilité particulière avec ce pays ?

Non aucune sensibilité particulière avec le pays. Par contre, j’apprécie particulièrement la manière dont leurs professionnels abordent le sport business. La philosophie est très différente de ce que l’on peut retrouver en Europe de manière générale.

J’ai découvert le sport US à la fin des années 80 avec la NBA. Et en grandissant, au-delà des matchs, je me suis aussi intéressé à la manière dont la NBA et ses franchises faisaient du marketing. Et j’ai aimé car ça correspondait vraiment à ce que j’avais moi-même en tête, aborder le sport de manière plus globale, plus sociétale. Donc rapidement je me suis inspiré de ce qu’ils faisaient.

Tu penses que leurs actions sont applicables chez nous, où il y a cette différence de culture qui ne nous le permet pas encore ?

La différence de culture existe, j’en suis conscient. Mais elle existe aussi entre la France et ses voisins européens. Elle existe aussi entre les gens du Nord et ceux qui vivent sur la Côte d’Azur. Donc je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’inspirer de ce que font les américains en Sport Business. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas adapter ce qu’ils font.

La différence culturelle ne doit pas devenir une excuse pour ne rien faire. Cette excuse arrange peut-être certains acteurs qui n’ont aucun intérêt à ce que le milieu évolue en France, ça je peux le comprendre. Mais dire que ce que font les américains n’est pas applicable chez nous, j’ai du mal à l’entendre. Et j’ai d’autant plus de mal que j’ai mis en place, dans deux clubs différents, des approches venues des USA et qui ont été de vrais succès. Pourtant, moi aussi on m’avait dit que ces projets n’étaient pas réalisables en France.

Le storytelling est quelque chose de très visible dans tes prises de parole. Est-ce que nous utilisons suffisamment cette méthode en France, pour créer des histoires autour d’un événement sportif qui intéressent le public ?

Sujet sensible et je vais être très direct. Je pense qu’on ne sait pas utiliser le storytelling à bon escient en France et à tous les niveaux du sport business.

Par exemple, si on ne parle que de la face immergée de l’iceberg, ce qui se passe sur les terrains et les acteurs, on ne parle quasiment jamais des hommes et des femmes, de leur vie. On ne parle quasiment que des sportifs, de leur vie de sportifs, de leurs performances de sportifs… Difficile pour quelqu’un de normal, comme vous et moi, de s’identifier à un athlète si on ne me partage de sa vie que ses exploits sportifs.

Je pense qu’on ne sait pas utiliser le storytelling à bon escient en France et à tous les niveaux du sport business.

Notre défaut est de croire que ce qui intéresse les fans, les spectateurs et les téléspectateurs est l’aspect technique du sport. Et du coup, on tente de l’analyser, de le commenter, de le sur-analyser avec des experts, des consultants, des spécialistes, des sur-experts, des consultants de consultants… ça en devient risible, honnêtement. On est en droit de se demander si la baisse des audiences du sport sur certaines chaînes ne vient pas de cette course effrénée à l’analyse technique. Ce qui me dérange dans cette approche, c’est que ça en devient une sorte de dictate qui pourrait laisser croire qu’il n’y a qu’une seule manière d’apprécier un spectacle sportif : la lecture technique. Et du coup, on exclue par la même occasion tous les autres niveaux de lecture. Un peu comme si, quand vous écoutez une chanson, une personne vient vous dire ce que vous devez ressentir et pourquoi cette chanson est belle ou non, quelle émotion vous devez ressentir en l’écoutant… Mais que fait-on de la liberté de chacun d’apprécier le sport comme il le veut ?

Il y a 10 ans, alors que j’étais responsable marketing et communication d’un club de sport pro, j’ai sollicité notre ligue lors d’un séminaire marketing pour que l’on puisse récupérer l’ensemble des statistiques de notre club et en devenir les propriétaires. J’avais expliqué que nous avions l’ambition d’exploiter nos statistiques pour créer des histoires, des événements autour des événements. Pour que les fans puissent venir pour autre chose que le match en lui-même. C’était une première approche du storytelling. Malheureusement, la ligue n’a pas accepté de partager les statistiques avec nous.

Dans cette veille que tu réalises chaque semaine, as-tu observé des concepts innovants et applicables dans l’hexagone ?

Tout ce que je partage est réalisable en France. Nous ne sommes pas plus bêtes que les autres. Il faut juste qu’on arrive à se convaincre qu’on peut le faire et ensuite s’en donner les moyens. Il faut arrêter de chercher la facilité. Je pense que c’est lorsqu’on est confronté à la contrainte qu’on innove, qu’on avance, qu’on grandit. Si on passe son temps à éviter cette contrainte, on stagne.

Que penses-tu de l’expérience que les clubs proposent à leurs fans dans le sport en général aujourd’hui ?

En France, j’ai encore du mal à voir ce qu’est l’expérience que les clubs proposent à leurs fans. L’expérience dans nos stades, c’est encore et surtout les groupes de supporters qui la font vivre, au-delà de ce que peuvent proposer les joueurs sur le terrain.

Aujourd’hui, la Fan Experience est souvent associée au digital dans les médias. Et autant je pense que le digital a un rôle important à jouer dans la Fan Experience d’un point de vue logistique, autant je pense qu’il peut aussi être dangereux et tuer la Fan Experience s’il est utilisé en dehors de ce cadre logistique.
Je trouve que le digital est extraordinaire pour simplifier et accélérer le parcours du fan. Comment il peut acheter ses billets de matchs. Comment il peut accéder rapidement au stade. Comment il peut passer rapidement les portiques de contrôle. Ou encore, comment il peut trouver simplement sa place et s’y rendre par le chemin le plus court ou le plus rapide…

Avant de penser à donner aux fans les moyens de partager les émotions qu’ils vivent au stade, il faut déjà leur faire vivre des émotions. Si un fan vient au stade et qu’il vit des émotions fortes, qu’il participe lui-même au spectacle, qu’il crie, qu’il échange avec ses voisins, qu’il vit de vraies émotions, n’ayez aucun doute qu’il trouvera le moyen de les partager sur les réseaux sociaux une fois le match terminé.

Le digital doit aider à ce que le fan ait le sourire au moment de poser ses fesses sur son siège. Car ça signifie alors qu’il est dans un état d’esprit positif et optimal pour consommer et apprécier le spectacle sportif. Si au moment de s’asseoir il fait la gueule parce qu’il a mis 3 heures pour venir au stade, 30 minutes pour passer le portique et qu’il s’est perdu 3 fois avant de trouver sa place, il y a de grandes chances qu’il ne soit pas dans les meilleures dispositions pour aimer le spectacle qu’on va lui proposer.

Je pense que c’est là, la force du digital dans la Fan Experience. Par contre, à partir du moment où le spectacle débute, je pense que le digital n’a plus sa place dans la Fan Experience. Car avant de penser à donner aux fans les moyens de partager les émotions qu’ils vivent au stade, il faut déjà leur faire vivre des émotions. Si un fan vient au stade et qu’il vit des émotions fortes, qu’il participe lui-même au spectacle, qu’il crie, qu’il échange avec ses voisins, qu’il vit de vraies émotions, n’ayez aucun doute qu’il trouvera le moyen de les partager sur les réseaux sociaux une fois le match terminé. L’erreur, c’est de croire que c’est le digital qui crée les émotions. Le digital n’est qu’un outil qui permettra de les partager, de les relater.

Nous sommes actuellement en train d’étudier l’organisation d’une conférence dont le thème principal serait : L’expérience fan est-il un effet de mode, ou une vraie nécessité pour les acteurs du sport.
Selon toi, existe-t-il une vraie prise de conscience au sein des structures ?

Pour le coup, la Fan Experience est tout sauf un effet de mode. C’est le coeur du business du sport, le coeur du business des clubs, depuis toujours. Et même si tous n’ont pas la même approche et la même maturité sur ce sujet, ils ont tous conscience que c’est un point central voire prioritaire de leur développement.

D’ailleurs, comment définirais-tu l’expérience fan ?

La Fan Experience c’est tout ce que le fan vit à chaque point de rencontre avec le club. La Fan Experience, c’est ce que le fan va raconter à ses amis quand ils vont lui demander : “Alors, c’était comment le match ? Tu as aimé ?” La Fan Experience, c’est tout ce dont le fan se souviendra dans une semaine, dans 1 an, dans 10 ans.

Si tu prenais les commandes d’un club professionnel sur les sujets liés à l’expérience du public, quelles actions pourrais-tu proposer aux fans pour leur garantir une meilleure expérience ?

Si on parle de l’expérience du public et donc dans les stades, comme je l’ai expliqué avant, je ferais en sorte de définir chacun des points de rencontres entre le fan et le club avant, pendant et après le match. Et je mettrais tout en oeuvre, avec les moyens humains et le digital, pour que le fan arrive à sa place avec le sourire et qu’il reparte chez lui dans les meilleures conditions. Pour tout ce qui se passe entre le début et la fin de match, je mettrais le moins de digital possible. Par contre, je ferais mon maximum pour que le fan vive quelque chose, pour qu’il ait envie de parler avec ses voisins, qu’il les connaisse ou non, qu’il saute, qu’il chante, qu’il crie, qu’il bondisse pour attraper un goodie… J’essaierais au maximum de lui faire vivre le moment. Et pas qu’il le vive via le filtre de son téléphone.

D’après ta propre expérience ou ta connaissance du sujet, un club pourrait-il être nommé comme LA référence en matière d’expérience des fans ?

Aux USA, beaucoup de clubs font vivre une vraie expérience à leurs fans mais je pense que le must du must est la franchise NFL des Green Bay Packers. C’est une franchise mythique et qui a la particularité d’appartenir à ses fans. Je pense que ça joue beaucoup dans l’implication émotionnelle de chacun car en sport business, on dit toujours qu’un fan apprécie d’autant plus le spectacle qu’il consomme qu’il s’implique lui-même et participe à le créer.

L’ambiance dans le stade des Packers est incomparable. Le soutien et la ferveur du public uniques. Les fans ont des rites, des traditions et sont parmi les champions des déguisements. On voit à chaque match des fans avec des fromages sur la tête. C’est une tradition.

Si tu voulais partager un message aux futurs acteurs du sport business, dans les clubs, les ligues, fédérations ou autres marques au sujet de l’expérience du public que dirais-tu ?

Je leur dirais de ne pas être fatalistes et de rester focus sur les fans et leurs attentes. On a trop tendance, en France, à être focus sur les besoins et attentes du club et à développer des réponses, des produits dans ce sens.

Merci à Nicolas pour cette interview, vous pouvez retrouver sa veille hebdomadaire sur LinkedIn ou encore Twitter.

Cet article était-il intéressant ?

Au stade, je passe plus de temps à observer les animations, le comportement des fans et les actions du club que le match en lui même. J'aime le sport mais j'aime encore plus l'expérientiel. Qu'il soit dans le monde du commerce ou celui du sport business. | "Ceux qui essaient d'éviter l'échec, évitent le succès."

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INTERVIEW : Ludovic Bordes (Arenametrix) : La Smart Data au service de l’expérience fan

La smart data, un élément essentiel pour les clubs afin de comprendre et répondre aux besoins de ses fans.

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Aujourd’hui nous échangeons avec Ludovic Bordes, co-fondateur d’Arenametrix, une Start-Up proposant une solution CRM exploitant les data pour aider les professionnels à mieux communiquer avec leurs publics et optimiser leurs revenus.

 

Les discussions sont nombreuses sur le sujet de l’exploitation des données. Le digital, lui, occupe désormais une place importante dans le sport-business. Il nous semblait donc intéressant de partir à la découverte d’une personnalité, d’une Start-Up qui met les données au service de l’expérience fan.

Bonjour Ludovic, tu es l’un des co-fondateurs de la Start-Up Arenametrix. Mais avant d’en parler plus en détail, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi ?

Bonjour, moi c’est Ludovic Bordes, j’ai 28 ans. Je suis l’un des co-fondateurs d’Arenametrix, avec Kevin Vitoz. On a fait tous les deux l’ENSAE, l’école de statistiques, que l’on a conjugué avec le diplôme HEC Entrepreneurs. Dès notre sortie d’école, nous avons décidé de relever le défi de la valorisation des données marketing sur le marché de l’entertainment. C’est ainsi que notre société Arenametrix est née, en 2013.

Arenametrix propose donc un outil complet pouvant répondre à de nombreuses problématiques dans l’événementiel sportif. Peux-tu nous expliquer le concept ?

Arenametrix, c’est une plateforme de marketing centrale dont la vocation est d’accompagner les organisations sportives dans le développement des publics et la croissances de leurs revenus. L’objectif est de centraliser toutes les données d’une organisation sportive – et il y en a beaucoup – pour ainsi mieux connaître ses fans et leur adresser le bon message, au bon moment et via le bon canal de communication. En jouant sur la relation passionnelle existante entre le fan et l’organisation sportive, Arenametrix apporte une solution clé-en-main et simple d’utilisation pour créer et activer des programmes marketing répondant aux attentes de chaque population. L’objectif est de susciter l’engagement de chacun autour de son sport ; et nous pensons que lorsque l’engagement est l’objectif, la croissance des revenus est le résultat !

“C’est en ayant une connaissance fine des publics que nous pouvons mieux répondre à leurs attentes, les engager et faire en sorte qu’ils deviennent nos meilleurs ambassadeurs.”

Quelles ont été les différentes étapes de votre réflexion pour en arriver jusqu’à la création de cette solution ?

Passionnés de sport, nous sommes partis du constat suivant : aujourd’hui, les ayant-droits du sport éprouvent des difficultés à récolter, analyser et exploiter les données qui gravitent autour de leur organisation. Les raisons sont multiples : vision marketing floue, manque de ressources humaines ou de compétences au sein de la structure, des outils qui ne sont pas en adéquation avec l’activité, etc.

Et pourtant, la maîtrise de la donnée est un enjeu d’actualité ; c’est en ayant une connaissance fine des publics que nous pouvons mieux répondre à leurs attentes, les engager et faire en sorte qu’ils deviennent nos meilleurs ambassadeurs.

Dans ce contexte, nous avons développé une solution pour aider les organisateurs à prendre le contrôle de leurs données et mieux communiquer auprès de leurs fans et adhérents.

Nous observons qu’il existe aujourd’hui de plus en plus de divertissements. Les offres se multiplient dans les domaines de la culture et du sport ou plus largement de l’entertainment. Ce qui fait qu’il n’est pas simple de se démarquer dans ces secteurs ultra-concurrentiels. Que penses-tu de la situation actuelle ?

Le secteur de l’entertainment est extrêmement large avec une palette d’offres très variée. Entre une soirée au théâtre, un ciné, un week-end dans un parc d’attractions ou le match du club de notre ville, nous n’avons que l’embarras du choix pour se divertir. Le sport ne déroge pas non plus à cette règle puisque chaque discipline a ses spécificités, son univers et ses aficionados. Ce marché est en très forte croissance car nous passons de plus en plus de temps à nous divertir. Mais il est vrai que ces activités peuvent être chacune des alternatives les unes aux autres ; il faut donc savoir se démarquer en appuyant sur sa proposition de valeur et la communication ciblée.

L’avantage du sport, c’est que rien n’est écrit. On vient au stade et on suit un scénario dont on ne connaît pas l’issue et qui se répète tous les 15 jours. Cela offre de superbes opportunités de storytelling auprès des fans et des publics à qui l’on veut faire découvrir de belles expériences.

“L’imagination est la seule limite pour créer de nouveau contenus, de nouveaux produits qui placent le fan au cœur de sa stratégie. Tout est question d’expérience et le digital aide à amplifier cette relation de proximité entre le fan et le sportif.”

De ta position de professionnel sur ce secteur, quelles sont tes sources d’inspirations en matière de bonnes pratiques dans l’entertainment sportif ?

Les médias spécialisés qui recensent les bonnes pratiques, les groupes de discussion avec les experts du marché, et surtout, le modèle américain qui reste une référence. Tout en intégrant le fait que notre culture européenne est très différente, on peut s’inspirer des expériences délivrées autour de leurs événements. L’imagination est la seule limite pour créer de nouveau contenus, de nouveaux produits qui placent le fan au cœur de sa stratégie. Tout est question d’expérience et le digital aide à amplifier cette relation de proximité entre le fan et le sportif. En NBA, les Bucks de Milwaukee parviennent à vendre des places pour l’accès seul à l’Arena – un accès aux coursives et aux centaines d’écrans qui permettent de vibrer comme si on était sur le parquet.

Revenons-en au domaine d’intervention d’Arenametrix. Pourrais-tu nous parler du Big Data, qui est sujet primordial pour vous ?

Le Big Data est un terme nébuleux, on préfère parler de Smart Data. Les organisateurs d’événements collectent aujourd’hui de nombreuses données relatives à leurs publics : sur les réseaux sociaux, via des jeux-concours ou inscriptions de newsletters, les données billetterie, cashless ou encore boutique en ligne. Celles-ci sont présentes sur un ensemble de systèmes technologiques : ERP, logiciels, fichiers Excel, outil de mailing, etc. Cette stratégie de collecte est aujourd’hui essentielle mais s’il est impossible de les rassembler, de les croiser, de les analyser et de les activer, elles n’ont aucune valeur en tant que telle.

Notre ambition chez Arenametrix est de mettre la data au service de nos clients. Après avoir centralisé toutes leurs données sur un référentiel unique, l’objectif est de les transformer en informations utiles au quotidien pour développer leurs activités.

“Un club qui a compris l’importance de ses données, la nécessité de la mobiliser, de la structurer et de parler à chacun de ses publics de manière unique et personnalisée, gagne de la valeur dans son positionnement en tant que marque forte sur leur territoire.”

Pour assurer leur bon fonctionnement, les clubs se doivent être équipés d’outils efficaces, notamment pour le traitement, l’analyse et la valorisation des données qu’ils génèrent. À quel point ces données sont-elles importantes ? Quels sont les enjeux ? 

La donnée est aujourd’hui clé dans l’analyse des publics et la segmentation des expériences. Si vous voulez créer un programme marketing pour les jeunes de moins de 25 ans, il est de bon ton d’aller vérifier au préalable la taille de cette cible dans votre base, leurs habitudes de consommation et adapter l’offre en fonction.

Beaucoup de structures n’ont pas encore adopté ces notions de collecte, d’analyse et de segmentation qui sont aujourd’hui la base du marketing de l’offre. A contrario, un club qui a compris l’importance de ses données, la nécessité de la mobiliser, de la structurer et de parler à chacun de ses publics de manière unique et personnalisée, gagne de la valeur dans son positionnement en tant que marque forte sur leur territoire.

C’est une question que nous posons régulièrement dans nos interviews, que penses-tu de l’expérience que les clubs proposent à leur public dans le sport en général aujourd’hui en France ?

Cela évolue dans le bon sens ; on le voit notamment avec les tribunes familles qui fleurissent dans nos stades ce qui prouve que les clubs commencent à dessiner des parcours fans dans leur déploiement marketing. C’est une bonne chose mais on a encore beaucoup de retard sur ce qui se fait chez certains de nos voisins européens ou aux US. Là-bas, ils ont réussi à faire de l’événement sportif un lieu de communion sociale où on se retrouve 3 heures avant en famille ou entre amis, avec une offre d’expériences qui plaisent à chacun et qui font en sorte de les mettre dans les meilleures conditions pour consommer le spectacle sportif. Le digital permet d’accompagner ces logiques de fan expérience notamment grâce à la segmentation, la personnalisation du storytelling et l’amélioration du parcours fan en jour de match. Le juste dosage de tous ces facteurs est selon moi clé pour réussir à engager nos fans, leur faire vivre des émotions et leur donner envie de revenir.

Comment une meilleure appréhension des données viendrait-elle rendre service à ces clubs pour améliorer l’expérience fan ?

Aujourd’hui, l’expérience est le produit. Et pour délivrer le meilleur produit possible, il n’y a pas de meilleure recette que de collecter un maximum de données sur les fans, d’avoir cette vision 360 pour mieux comprendre leurs attentes, ce qu’ils recherchent en venant au match et adapter la communication et les parcours en conséquence. Les données et plus largement les outils digitaux se mettent au service des clubs entretenir des relations uniques avec les fans, c’est la clé de l’engagement donc autant s’en servir!

Par exemple, Nanterre 92, champion d’Europe 2017 de basket-ball, a envoyé un sms à la mi-temps à tous ses abonnés présents dans la salle en leur proposant de gagner une boisson gratuite s’ils donnaient le nom du dernier scoreur au moment de leur achat. Pour créer un lien de plus en plus fort avec leurs fans, les clubs doivent à l’avenir construire une communication permanente avec eux : avant, pendant et après les matchs.

Arenametrix a récemment déployé certaines de ces solutions auprès de clubs professionnels Français : Fos Provence Basket, l’OGC NICE et Paris Basketball. Pour que nous puissons mettre en situation les outils utilisés, voudrais-tu nous présenter brièvement le travail réalisé auprès de ces clubs ?

Avec Fos Provence Basket, nous avons travaillé sur les campagnes d’abonnement, autour de cette problématique : comment augmenter le nombre d’abonnés lors de l’intersaison ? Nous avons mené un travail d’analyse de la base de données des supporters en regardant les comportements d’achat et les habitudes des supporters, puis nous avons déployé une campagne d’abonnement ultra-ciblée, avec des relances personnalisées aux ouvreurs, non-ouvreurs, cliqueurs, etc.

Avec l’OGC Nice, nous avons travaillé sur le marketing automation dans le but d’améliorer l’expérience des membres du Club Mèfi, leur programme pour les jeunes supporters. Ils souhaitaient automatiser l’envoi des emails de bienvenue suite aux inscriptions des nouveaux membres et recherchaient un outil capable de créer des scénarios de marketing automation pour fidéliser les parents et leurs enfants.

Paris BasketBall, lui, souhaitait développer sa base de données de fans, améliorer la connaissance de ses supporters et optimiser ses revenus billetterie. Pour répondre à ces problématiques, le club a opté pour notre plateforme, recommandée par le réseau LNB. Nous avons mis en place le CRM en 48h, top chrono !

Chaque club a des enjeux différents et nous adaptons la solution et notre accompagnement pour y répondre le plus précisément en activant leurs données.

“À Manchester City… ils ont récemment lancé un bracelet connecté qui permet aux fans d’avoir en temps réel des informations sur leur club mais également de donner leur avis via des sondages.”

Y-a-t-il pour toi une structure sportive référente en matière d’utilisation des données de son public ?

Manchester City. L’innovation est au coeur de leur vision marketing et ils utilisent le digital pour la déployer. Ils ont récemment lancé un bracelet connecté qui permet aux fans d’avoir en temps réel des informations sur leur club mais également de donner leur avis via des sondages. Génial !

Le Puy du fou, le Parc Astérix, le Futuroscope, tous ces parcs de loisirs sont les grands concurrents des structures sportives aujourd’hui. Quels sont les avantages que ces acteurs possèdent ?

Ces acteurs font effectivement partie des concurrents, au même titre qu’une sortie cinéma ou qu’un resto en famille. Ils ont l’avantage d’être multi-âges, de plaire au plus grand nombre ce qui leur permet de ratisser un bassin beaucoup plus large que le club de football. Mais ce sont surtout des vendeurs de rêve, de spectacle ; la magie qu’ils promettent est leur principale préoccupation quand le club s’attardera davantage sur le sportif et la technique.

Cependant, les clubs ont sûrement de bonnes inspirations à prendre de ces concurrents ?

Et ils le font déjà. L’accueil des joueurs par les supporters avec les enfants au premier rang est le parfait exemple de ces instants magique que peut offrir un club. Il faut évidemment aller plus loin dans l’offre de valeur et les parcours clients en y intégrant l’accessibilité, la restauration, le branding, l’animation, etc.

Les clubs doivent prendre conscience de leurs formidables atouts en termes d’engagement des communautés et de storytelling ; en y adaptant certaines bonnes pratiques d’acteurs d’autres secteurs, il n’y pas de raison que cela ne fonctionne pas !

Avant même le RGPD, de nombreux débats ont lieu sur l’exploitation, la diffusion et la sécurisation des données personnelles. Cela peut présenter un frein pour certains acteurs qui ne se pensent pas prêts à une telle gestion. Quelle est ta position sur ce sujet ?

Le RGPD a été pensé pour donner plus de pouvoir aux utilisateurs dans la gestion de leurs données personnelles en ligne. Souvent présenté comme une nouvelle contrainte « anti-business », cette réglementation est en fait une source d’opportunité qui sécurise l’usage des données. Le RGPD est une excellente occasion de mettre au carré l’ensemble des process autour du traitement et de l’exploitation des données afin d’avancer dans un environnement de confiance avec les fans.

Si tu voulais partager un message aux futurs acteurs du sport business, dans les clubs, les ligues, fédérations ou autres marques sur le rôle actuel et à venir de la Smart Data dans l’expérience fan, que dirais-tu ?

La data valorise aujourd’hui l’activité des clubs sur beaucoup d’aspects : la billetterie, la communication, le sponsoring, la logistique, etc.

Si les acteurs du sport ont pour ambition de positionner les fans au centre de leur politique marketing, qu’ils soient digitaux ou qu’ils viennent au stade, alors ils trouveront dans la data tous les outils d’analyse et d’activation marketing pour les aider à créer et délivrer les expériences dont on se souvient et qui nous font revenir au stade.

Merci à Ludovic pour cet échange très intéressant. Nous vous invitons à suivre le travail d’Arenametrix sur les réseaux sociaux.

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