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INTERVIEW : YPPA, la startup qui donne le pouvoir de la lumière aux fans

Nous avons rencontré la startup YPPA, à l’origine du show lumineux lors de la cérémonie d’ouverture de la finale de la Coupe de la Ligue à Lyon il y a quelques semaines.

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Nous avons rencontré la startup YPPA qui est à l’origine de la cérémonie d’ouverture de la finale de la Coupe de la Ligue à Lyon samedi dernier. Découvrez cette startup française innovante spécialisée dans les shows lumineux.

 

Salut Jonathan, peux-tu nous présenter YPPA en quelques mots ? Et aussi nous expliquer si les initiales YPPA ont une signification précise ?

Nous sommes une jeune start-up de cinq personnes créée depuis bientôt un an et incubée au Tremplin à Paris (l’incubateur principal des startup du sport en France).
Nous proposons aux organisateurs d’événements sportifs et culturels de réaliser des animations lumineuses (tifos, olas, etc.) en utilisant directement les smartphones des spectateurs comme des pixels.
Au-delà de la création d’animations innovantes et très jolies visuellement, nous avons pour ambition de replacer le spectateur au centre du spectacle. En effet, c’est lui (via son smartphone) qui est à la base de l’animation et qui par conséquent devient acteur du show.

Pour le nom YPPA, les initiales n’ont aucune véritable signification si ce n’est que ce nom évoque l’enthousiasme et le divertissement. De plus, à l’envers on obtient le mot happy. (Pas bête l’équipe YPPA).

Comment vous est venue cette idée de lancer une startup spécialisée dans les shows lumineux ?

François, l’un des cofondateurs a longtemps travaillé dans l’événementiel (sportif plus particulièrement) et au fil du temps, il a constaté que les animations proposées aux spectateurs étaient clairement insuffisantes (notamment lors des nombreux temps morts). Sans doute car proposer des animations à l’échelle d’une grande enceinte coûte cher sans avoir la certitude de contenter l’ensemble des spectateurs (à titre d’exemple chaque drapeau posé dans un stade coûte environ un euro unitaire à l’organisateur).

Il a donc eu l’idée d’utiliser un objet de tous les jours (le smartphone) pour impliquer les spectateurs et les rendre acteurs lors des événements.
C’est donc une solution qui répond à l’équation suivante : proposer des animations à moindre coût qui puissent toucher l’ensemble du public.

Tu ne le sais peut-être pas mais nous aimons les belles histoires et les belles rencontres chez Fanstriker. Alors y a t-il une grosse équipe derrière ce projet ? Qui sont les hommes aux manettes de YPPA et comment la collaboration entre vous est-elle née ?

Nous sommes cinq cofondateurs, 3 jeunes ingénieurs et 2 séniors : issus du secteur de l’événementiel et un qui a longtemps travaillé pour les banques et assurances. Entre nous, nous aimons parler d’hybridation des compétences.

Les deux seniors ont quitté leur travail en 2015 et sont à la source de ce projet. L’un des deux est le père d’un des trois ingénieurs. Lorsqu’il a demandé à son fils une étude pour savoir si le projet était possible techniquement, celui-ci a consulté des amis ingénieurs et c’est comme ça que la version beta est née… une presque histoire de famille peut-on dire. 

Team YPPAYPPA

Jonathan (à gauche) et François (à droite), deux des co-fondateurs de YPPA

L’un des grands point d’orgue du concept de l’utilisation du mobile dans le stade est celui de la durabilité des batteries des téléphones. Ne serait-il pas judicieux pour vous de faire un partenariat avec une entreprise comme CharLi Charger par exemple ?

Nos animations ne durent pour le moment pas plus de 3 ou 4 minutes donc nous avons pas eu ce genre de problème. Mais pour le futur, il faudra qu’on y pense en effet.

Vous avez eu l’occasion d’assurer un show fabuleux récemment dans une compétition de football majeure mais nous y reviendront plus tard.
Pour l’heure, nous aimerions savoir qui sont les clients ou futurs clients de votre offre ? Les clubs, les ligues, les fédérations… ?

On a déjà travaillé avec des clubs de basket, de hockey, ou encore de rugby, ainsi que pour des événements ponctuels : le Hand Star Game, et la finale de la Coupe de la Ligue.
Nos clients potentiels sont donc les clubs, les ligues et fédérations respectives comme tu l’as dit. Mais aussi les différents sponsors ou annonceurs et les organisateurs d’événements comme les championnats internationaux.

Cependant nos marchés ne s’arrêtent pas uniquement au sport, nous commençons à nous intéresser aux concerts, festivals et aux événements plus corporate du type séminaires et conventions d’entreprises.
En résumé, nous nous intéressons à tout événement qui rassemble du monde.

L’aspect financier est très souvent délicat lors du lancement d’une entreprise, avez-vous reçu des soutiens lors du lancement de votre start-up, des aides particulières ?

Nous avons reçu une aide de la BPI et de la ville de Paris de 30 000 euros appelée le PIA (programme d’investissements d’avenir).

C’est peut-être encore un peu tôt, mais avez-vous obtenu des prix ou des récompenses particulières pour ce projet innovant ?

Nous n’avons reçu aucun prix pour le moment.
Mais en plus de notre incubation au Tremplin, nous avons eu la chance d’être sélectionné par la ville de Paris et le CNOSF l’été dernier pour tenir un stand à Rio au Club France lors des JO.
Nous avons donc été à RIO pour tenir ce stand. Il nous permettait de présenter notre start-up et avait pour but de promouvoir l’innovation dans le sport de Paris et de la France en général.

Actuellement, vous êtes présent au Tremplin, l’incubateur de startup du sport numéro 1 à Paris, mais quelles sont vos ambitions à court et plus long terme ? Si tu devais faire une projection de YPPA dans 5 ans ?

J’espère que dans 5 ans, nous serons devenus une référence sur l’animation des enceintes culturelles. Nous aurons diversifié notre activité et que nous aurons travaillé sur des concerts de grande envergure. J’espère aussi que l’on sera présent à l’étranger et sur de gros événements internationaux comme les cérémonies d’ouvertures des JO par exemple.

LA CÉRÉMONIE D’OUVERTURE DE LA COUPE DE LA LIGUE
Le samedi 1er avril, vous étiez à Lyon, au Parc OL pour assurer le show d’ouverture de la finale de la coupe de la ligue entre le PSG et l’AS Monaco. Une cérémonie qui a d’ailleurs été très bien perçue sur les réseaux sociaux. Comment s’est déroulé cette cérémonie ?

Nous étions en contact avec la LFP (Ligue de Football Professionnel) depuis quelques temps pour proposer éventuellement une animation lors de la finale.
Lorsqu’ils ont sélectionné l’agence qui allait organiser la mise en scène de l’arrivée de la coupe et qu’ils ont su que cela se ferait en “noir stade”, ils sont revenus vers nous.
Pour l’occasion, notre solution était intégrée à l’application du Parc OL. En cliquant sur un bandeau “show lumineux” visible sur la page principale de l’application, les spectateurs avaient la possibilité de participer au show.
A partir de 19h30, le speaker a plusieurs fois répété au public de télécharger l’application Parc OL pour participer à l’animation.
Vers 20h45, le stade a été plongé dans le noir et c’est la que les spectateurs ont pu tendre leur smartphone pour accompagner l’animation générale.

Le rendu était très joli donc le résultat est satisfaisant même si on aimerait toujours qu’il y ait encore plus de monde qui participe.

Hormis, la finale de la coupe de la Ligue, avez-vous déjà réalisé d’autres événements similaires auparavant ?

Oui, au Parc OL nous avions déjà réalisé une animation lors du Winter Game le 30 décembre 2016, mais là c’était la première fois qu’on participait à un événement d’une telle envergure. Notre grand bapteme.

Chez Fanstriker, nous pensons que les shows lumineux vont être un axe de développement majeur de l’expérience fan dans les 5 prochaines années. Nous avions réalisé un article sur le partenariat entre Phillips et la Juventus en Italie. Quelles sont les possibilités nouvelles qu’offrent les jeux de lumière dans les stades pour l’expérience du spectateur ?

L’article en question est accessible ici 

Les jeux de lumières sont un moyen d’animation qui ne nécessite pas d’apport de matériel et qui visuellement est souvent très réussi. Les possibilités d’animations sont infinies et vont à coup sûr enchanter les spectateurs.

En France malheureusement, il n’y a aucun stade équipé du même système que celui du stade de la Juventus. La plupart des stades ont besoin de plusieurs minutes pour pouvoir rallumer leurs lumières après un “noir stade”. Ce qui est problématique si on veut réaliser ce genre d’animations avant ou à la mi-temps d’un match par exemple.

YPPA! 2017 finale de la coupe de la ligue de football from Yppa on Vimeo.

L’EXPÉRIENCE FAN DE MANIÈRE GÉNÉRALE – POINT DE VUE
En tant que spécialiste, acteur du sport mais aussi fan, que penses-tu de l’expérience spectateur dans les stades aujourd’hui ?

Selon moi, l’offre proposée aux spectateurs n’est pas assez poussée, si bien qu’aujourd’hui une personne “non fan” préférera rester chez elle pour regarder un match entre amis, confortablement installée avec une bière ou un soda plutôt que d’aller au stade. De plus elle aura accès à du contenu en plus via des applications, des analyses de consultants, les ralentis…

Nous pensons que la réponse à cette problématique se situe dans le fait de rendre les spectateurs acteurs du show, de les impliquer plus. Dans ce cas, ils trouveront un réel intérêt à se déplacer au stade. Ils vivront une expérience largement supérieure à ce qu’ils peuvent ressentir en regardant un match à la télé. C’est notre mission.

Selon toi, les clubs sont-ils suffisamment actifs pour remplir leurs stades et séduire un public plus large ?

Comme je l’ai déjà expliqué, proposer des animations qui contentent l’ensemble des spectateurs coûte très cher. On voit que certains clubs font des efforts pour essayer de rendre leurs rencontres plus attractives mais malheureusement par faute de moyens ou de volonté, la plupart du temps cela reste très insuffisant.

Tous les vendredis, nous proposons une nouvelle idée expérience fan dans notre rubrique #FridayIdea. Aujourd’hui, c’est à ton tour d’être sollicité. Quelles idées pourrais-tu proposer pour dynamiser l’expérience du spectateur dans le sport ?

On pourrait imaginer un tirage au sort à chaque match pour gagner la possibilité d’être assis sur le banc de son équipe à côté des joueurs pour chaque match à domicile.

Enfin, pour conclure, nous avons l’habitude de demander à chaque personne que nous rencontrons de nous proposer une orientation pour la prochaine interview des acteurs du sport ? Quel point de vue souhaiterais tu connaître sur le sujet de l’expérience fan ?

J’aimerais savoir si les clubs ont conscience qu’améliorer l’expérience fan est un sujet majeur pour leur développement et s’ils sont prêts à y investir du temps et de l’argent.

 

La lumière pour faire sortir de l’ombre tous les fans dans le stade, c’était pas si compliqué à trouver finalement, bien joué YPPA. 
Merci Jonathan pour cette belle interview des acteurs du sport.
Si vous souhaitez vous aussi suivre l’actualité de YPPA c’est par ici : @YPPA   

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Au stade, je passe plus de temps à observer les animations, le comportement des fans et les actions du club que le match en lui même. J'aime le sport mais j'aime encore plus l'expérientiel. Qu'il soit dans le monde du commerce ou celui du sport business. | "Ceux qui essaient d'éviter l'échec, évitent le succès."

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INTERVIEW : Corentin Duluc (OL) : “Les clubs et stades français auraient intérêt à collaborer”

Responsable adjoint des Grands Événements au Groupama Stadium, le stade de l’OL, Corentin revient avec nous sur ses visites dans plusieurs stades européens.

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Cette semaine nous échangeons avec Corentin, responsable adjoint des Grands Événements au Groupama Stadium qui vient de terminer une série de plusieurs séjours et visites dans des stades en Europe. 

 

Corentin fait partie de nos fidèles qui suivent l’actualité Fanstriker depuis nos débuts il y a un peu plus de deux ans maintenant. Il vient d’achever une succession de voyages qui lui ont permis de visiter plusieurs stades en Europe. Il nous partage ses découvertes.

Bonjour Corentin, avant de revenir sur ton aventure dans plusieurs stades en Europe, peux-tu nous en dire plus sur toi ?

Passionné de sport depuis le plus jeune âge, j’ai d’abord été sur les terrains en tant que joueur, arbitre puis éducateur. Le sport s’est donc logiquement inscrit comme une évidence au moment de faire un choix professionnel.
Durant mes 6 années d’études, j’ai eu l’occasion de réaliser des expériences aux Chamois Niortais en Ligue 2, à l’Impact de Montréal en MLS, aux Girondins de Bordeaux en Ligue 1 où j’ai par ailleurs participé à l’inauguration du nouveau stade et finalement à l’Olympique Lyonnais toujours en Ligue 1 où j’évolue depuis 2015.

https://twitter.com/DulucCorentin/status/1112980242061197318

Tu es donc le responsable adjoint des Grands Évènements à l’Olympique Lyonnais depuis maintenant 3 années. Quel est ton périmètre de travail exactement ?

Mon périmètre d’activité concerne tous les événements sportifs et spectacles hors Ligue 1 ; cela peut donc aller du match de Coupe de France à la Coupe du Monde Féminine 2019, en passant par la Coupe d’Europe, les concerts, ou encore le Monster Jam, les demi-finales de Top 14, la Finale Europa League comme ce fut le cas en 2018.

J’ai un rôle de coordination administrative, technique et opérationnel de toutes les activités en lien avec ces événements. Cela peut aller de la rédaction d’un cahier des charges technique, à la mise en place d’un plan de communication, à de la projection budgétaire… en passant par la mise en place d’offres billetterie par exemple.
Dans le service des Grands Événements nous avons pour habitude de dire que nous sommes des spécialistes de “rien du tout” mais que nous allons chercher les compétences là où elles se trouvent et que notre objectif est de coordonner les différents acteurs qui vont nous épauler. C’est de la gestion de projet pure et dure.

Je conseille d’ailleurs souvent à des étudiants de ne pas hésiter à faire leurs premiers stages dans des clubs de Ligue 2 voire National, car on touche à beaucoup plus de choses…

Auparavant, tu as connu d’autres expériences, respectivement, aux Chamois Niortais, à Montréal au Canada et chez les Girondins de Bordeaux. Quelles inspirations retiens-tu de ces différents passages ?

J’ai eu la chance de mettre un pied très jeune dans le milieu du football professionnel, ce qui a facilité mon parcours. De commencer dans un club comme les Chamois Niortais m’a permis de m’exprimer plus facilement par la suite dans des clubs plus huppés.
Je conseille d’ailleurs souvent à des étudiants de ne pas hésiter à faire leurs premiers stages dans des clubs de Ligue 2 voire National, car on touche à beaucoup plus de choses… et c’est important d’avoir une vue d’ensemble du milieu dans lequel on évolue. Commencer aux Chamois est peut-être la plus grande chance que j’ai eue jusqu’ici dans mon parcours.

Je retiens également que le milieu du sport, plus que n’importe quel autre secteur, est hyper connecté. J’ai retrouvé des collègues, des prestataires, où encore quelqu’un avec qui j’ai pu travailler par le passé dans mes différentes aventures dans d’autres clubs. Le monde du sport et plus particulièrement du football professionnel est en réalité un tout petit monde.

Enfin, de mes différentes expériences, je retiens que si tu n’es pas passionné et prêt à t’investir, non pas à 200% mais plutôt à 300% ou 400%, cela est difficile de se faire sa place. La particularité du football, avec des matchs toutes les semaines, la répétition des événements… implique un grand investissement personnel et professionnel.

Tu as donc goûté au parfum de la MLS pendant ton expérience de quelques mois au sein de l’Impact de Montréal, quel souvenir gardes-tu ?

Un monde si proche du nôtre, mais à la fois très loin des codes du football européen. Un mixte entre les standards US (drafts, conférences, etc.) et le football tel qu’on le connaît. Là-bas, le football se consomme plus qu’il ne se pratique. Mais pour suivre régulièrement l’actualité du club et du soccer au Québec notamment, les mentalités changent à une vitesse impressionnante.

Penses-tu que comme le dit le commissionner Don Garber, “la MLS est en marche pour rejoindre le 5 majeur des grands championnats du football mondial” ?

La MLS ne peut que gagner en attractivité dans les années à venir. La construction de nouvelles enceintes modernes, le nombre grandissant de franchises, le retour sur investissement des efforts entrepris sur la formation des jeunes et autres vont lui permettre d’élever son niveau et son attractivité.

Cependant, je pense que pour se rapprocher des grands championnats européens, il faudra s’émanciper d’un certains nombre de standards américains.

Venons-en au sujet principal de notre interview.
Tu viens de conclure un périple de plusieurs voyages sur 1 an qui t’a conduit dans 8 villes européennes dans lesquelles tu as pu visiter 12 stades. C’était comment ?

Ce n’était pas du tout prévu au départ, du moins pas comme ça. Mais j’ai eu la chance entre mi-novembre et fin mars de pouvoir profiter de plusieurs week-ends prolongés (généralement entre 2 et 5 jours) et ainsi, de pouvoir visiter Bruxelles, Madrid, Londres, Varsovie, Berlin, Leipzig, Munich et enfin Porto où j’ai mêlé mes deux passions : les stades/arenas et la bière (car je suis un passionné de Craft beer).
J’ai donc eu la chance de découvrir entre autres le Wanda Metropolitano et Bernabeu à Madrid en Espagne, l’Emirates Stadium, Wembley et Stamford Bridge à Londres en Angleterre, le PGE Narodowy à Varsovie en Pologne ou encore l’Allianz Arena à Munich en Allemagne. 

Tu as partagé plusieurs tweets intéressants avec une patinoire en hors match, des chauffages dans les tribunes, les espaces VIP, quelle expérience t’a semblé la plus complète ou intéressante ?

Plusieurs expériences m’ont marqué : l’affluence que pouvait connaître le PGE Narodowy à Varsovie un dimanche soir de janvier avec la mise en place d’une patinoire, d’une piste de luge et d’autres activités, m’a particulièrement surpris. En effet, il devait y avoir plus de 500 personnes au stade ce soir-là alors qu’il était près de 19 heures.

Les espaces VIP d’Anderlecht m’ont également impressionnés avec une qualité et une diversité d’offres en décalage avec l’ancienneté du stade. Cela prouve que même dans un stade ancien, en y mettant les moyens et avec de la volonté, les clubs peuvent entreprendre de belles choses.

Dans leur globalité, l’Allianz Arena à Munich et le Wanda Metropolitano à Madrid sont les enceintes qui m’ont fait la plus forte impression. Tous les aménagements sont de qualité, et pensés pour l’expérience du spectateur.

Enfin, mon coup de coeur ? Les petites terrasses en synthétique des loges du Legia Varsovie.

As-tu remarqué des concepts innovants déployables en France ?

De nombreuses solutions de branding, du simple plan à de la décoration club ou sponsor (barrières brandées et facilement cleanables, logo du club sur le synthétique en sortie joueurs…), ont pu retenir mon attention. De nombreux aménagements pour faciliter la restauration des spectateurs (solutions techniques pour installer des manges-debout, packaging, menu board…) pourraient être transposables à l’échelle de chaque club.

Lors de ta présence à l’Olympiastadion à Berlin le 6 février dernier, tu as tweeté une photo d’un Fan truck du FC Bayern Munich, alors que ce stade est la maison du… Herta Berlin.

En effet, il est régulier de voir des fans shop sous format de truck des équipes visiteuses en Allemagne, comme ce fut le cas ce soir de match de coupe d’Allemagne à Berlin.
L’ensemble des spectateurs, fans du Herta, du Bayern, ou neutres, peuvent profiter des produits de chaque équipe.

https://twitter.com/DulucCorentin/status/1093249317836652561

Du coup, ça nous a fait penser à une idée pas si bête.
Imagine si lors de chaque match à l’extérieur, les clubs envoient un Fan Truck sur place pour que les fans qui habitent autour du stade de l’adversaire du jour puissent aussi s’équiper d’un maillot, d’une écharpe, etc. Qu’en penses-tu ?

La mentalité française ne permettrait pas ce genre d’échange. Le nombre d’interdiction de déplacement, d’arrêtés préfectoraux, démontrent que le chemin est long à parcourir avant de voir apparaître des fans shop d’une équipe visiteuse sur les parvis des stades français.
Alors oui, cela serait certainement possible sur certaines rencontres sans animosité ou avec une entente entre les supporters des clubs, mais de façon générale il y a d’abord un gros changement de mentalité à faire avant de mettre en place ce genre de pratique.

Tu nous parlais tout à l’heure de l’idée du stade national de Varsovie, le PGE Narodowy, qui a installé une patinoire géante éphémère en hiver, ouverte au public. C’est important selon toi de faire venir les gens au stade pour autre chose qu’un match ? Et plus largement de faire vivre le stade avec des revenus générés en dehors des rencontres sportives ?

Tout à fait.
Les jours de compétitions représentent entre 20 et 30 jours maximum pour chaque stade. Il est donc important de valoriser les plus de 300 jours restants. Visites, musées, attractions (comme cela est le cas à Varsovie), séminaires, etc., doivent venir compléter l’offre. Au delà de générer des revenus supplémentaires, cela permet également d’attirer un public qui ne viendrait pas forcément pour le sport de prédilection que le stade propose.

https://twitter.com/DulucCorentin/status/1084495910271369216

À l’image du PGE Narodowy, comment les stades peuvent-ils vivre et s’animer en dehors des horaires des matchs ?

Le Groupama Stadium à Lyon en est certainement le parfait exemple français. Cela peut aller de la simple visite de stade, au musée, à une offre de street art sur les murs de l’enceinte, comme nous le proposons à l’OL avec Offside Gallery. Cela peut également être des attractions liées à des dates spécifiques (Halloween, Pâques) ou plus régulières (Escape Game, Cirque, etc.). Le développement des alentours du stade est également important pour attirer du public hors jour de match, les stades se trouvant de plus en plus éloignés des centres-villes.

Malheureusement, dans nos nombreux modèles économiques d’enceintes françaises, la triple partie (collectivités, exploitant, club) ne permet pas de proposer des offres de qualité. Quand je vois que certains stades proposent des visites sans les panneaux de sponsors et d’interviews du club résident, cela enlève une grande partie du charme pour le client.

Justement, que penses-tu de l’avenir des visites de stades. C’est quelque chose qui n’est peut-être pas assez mis en avant par les clubs non ? La demande existe t-elle vraiment selon-toi ?

Les visites de stade représentent un énorme vecteur de fidélisation et d’attractivité des fans en plus de l’intérêt économique pour les clubs. Malheureusement, dans nos nombreux modèles économiques d’enceintes françaises, la triple partie (collectivités, exploitant, club) ne permet pas de proposer des offres de qualité. Quand je vois que certains stades proposent des visites sans les panneaux de sponsors et d’interviews du club résident, cela enlève une grande partie du charme pour le client.

D’après ce que tu as pu voir pendant tes récents voyages ou ta propre expérience dans les différentes structures, un club pourrait être nommé comme LA référence en matière d’expérience des fans ?

Comme évoqué précédemment, je pense sincèrement que l’Allianz Arena à Munich était en avance sur son temps en 2004 lors de sa construction, et a su évoluer et s’adapter aux évolutions des 15 dernières années pour rester au top de l’expérience sur le sol européen. Tout semble fluide, facile, accessible…
Le Wanda Metropolitano à Madrid semble prendre la même voie. Enfin, les stades anglais de Wembley et de l’Emirates Stadium peuvent être cités comme référence. Le nouveau stade de Tottenham devrait venir compléter cette liste.

https://twitter.com/DulucCorentin/status/1099637480389775361

Petite parenthèse. Tu as été diplômé en 2018 d’un Bac+5 en sport international et management des événements au sein de Kedge Business School.
Lors d’une précédente interview que nous avons réalisé avec Antony Thiodet, celui-ci partageait son inquiétude quant à la multiplication des écoles liées au sport business. Des écoles qui promettent parfois d’atteindre un rêve qui n’est en réalité pas si facile à obtenir et qui ne forment pas forcément selon les besoins du secteur du sport business.
En tant que professionnel du sport business issu d’une de ces écoles, qu’en penses-tu ?

En effet, je partage entièrement cet avis. La multiplication des formations et des écoles est en train de créer un déséquilibre sur le marché du sport business. Chaque année de plus en plus de juniors sortent des écoles alors que le nombre de postes ne croient pas à la même vitesse, obligeant de nombreux diplômés à se diriger vers d’autres secteurs. De plus, cette multitude d’écoles a, selon moi, fait baisser la qualité générale des formations qui aujourd’hui se battent davantage sur un plan commercial et marketing que sur du contenu de qualité pour leur formation.
Ce phénomène se rencontre également pour les stages où les offres ne sont plus suffisantes chaque année au vu du nombre croissant d’étudiants dans le sport business.

Que penses-tu de l’expérience que les clubs proposent à leurs fans dans le sport en général aujourd’hui, en France principalement mais également en dehors de nos frontières ?

Alors que de nombreux spécialistes évoquent des solutions disruptives ou innovantes, je pense qu’il serait important pour les clubs français de d’abord maîtriser et offrir des solutions de qualité en matière de services de base. L’accessibilité, la restauration, les toilettes, la visibilité, etc., sont des éléments de l’expérience qui doivent être maîtrisés avant de proposer des choses plus complexes.
Les stades Allemands et Anglais m’ont particulièrement impressionnés sur ces aspects là.

Selon toi, l’expérience fan est un effet de mode, ou il y a bien, au sein des structures une vraie prise de conscience qu’un changement doit s’opérer ?

Je préfère parler simplement “d’expérience” que de “fan expérience” car cela ne concerne pas forcément que les “fans” ou “supporter”, mais toute personne susceptible d’assister à une rencontre, à une visite, de venir à la boutique du stade. Mais en effet, avec l’arrivée des nouvelles générations et les changements de mentalités d’une façon plus globale, il apparaît important de proposer autre chose que la rencontre en elle-même.

D’ailleurs, comment définirais-tu l’expérience fan ?

D’après moi, l’expérience commence au moment de l’intention d’achat jusqu’à quelques jours après la rencontre, et englobe tous les aspects liés à la venue du spectateur (billetterie en ligne, transports pour venir, arrivée au stade, animations, restauration, départ du stade, interactions avec le club post match, etc.). C’est pour moi une multitude d’actions menées soit par le client lui-même soit proposées par le club, qui définissent une expérience globale. Il est important pour les clubs de faire en sorte que cette expérience prenne le dessus sur le résultat du match, qui lui ne peut être maîtrisé.

Si Jean-Michel Aulas (ou un autre président), te donnais les clés du club pour travailler sur les sujets liés à l’expérience du public, quelles actions pourrais-tu proposer aux fans pour leur garantir une plus grande expérience ?

Comme j’ai pu le dire précédemment, je m’efforcerais de travailler d’abord ce qu’on peut appeler les services de base (restauration, accessibilité, etc.) avant même d’entreprendre des actions plus développées. Puis, dans un deuxième temps, il m’apparaît important de proposer des expériences exclusives et personnalisées.

Pour conclure notre échange, souhaites-tu partager un message aux futurs acteurs du sport business, dans les clubs, les ligues, les fédérations ou autres marques au sujet de l’expérience du public ?

Il est important de partager avec les autres clubs, les autres sports mais également d’autres secteurs d’activités (aéroports, centre de loisirs, parcs d’attraction…) pour évoluer et s’améliorer au sujet de l’expérience proposée aux différents publics.
Les clubs français ou européens en général ont encore trop tendance à se croire concurrents.

J’ai eu la chance un jour de faire visiter le stade à une franchise de NHL (Tampa Bay) qui ne comprenait pas pourquoi je ne communiquais pas les chiffres exacts, que je ne partageais pas toutes mes données… car en effet, les franchises américaines partageant une partie de leurs revenus commerciaux, ont toutes intérêt à collaborer et à grandir ensemble. Les clubs et stades français en auraient également tout intérêt.

Merci à Corentin pour cette interview. Vous pouvez le retrouver sur LinkedIn ou encore Twitter. 

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