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INTERVIEW : Remi Suinot, graphiste des clubs

Les graphistes agissent souvent dans l’ombre, mais ce sont eux qui donnent une nouvelle identité visuelle à un club, rencontre avec Rémi SUINOT.

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Nous ne le savons peut-être pas mais les clubs font appel à des spécialistes pour la création de leur logo. Souvent ce sont des personnes extérieures au club. Après le tollé provoqué par le changement de logo du Nimes Olympique, nous avons voulu avoir l’avis d’un spécialiste. 
Rencontre avec Rémi Suinot, un graphiste qui travaille pour différents clubs professionnels.

 

Bonjour Rémi, comme présenté dans l’introduction, tu es donc graphiste. Peux-tu nous expliquer ton travail ?

Je travaille sur tout type de supports “visuels” qui sont imprimés ou sur internet.

Cela va de la création de logo, à de la mise en page de plaquette, la réalisation d’affiche, mais également de vitrophanie, de packaging… Et comme beaucoup de créatifs qui aiment le foot, je réalise aussi des maquettes de maillots mais je ne suis pas styliste !

Tu es à l’origine de plusieurs logos de clubs, comment cette aventure a commencée ? Et aujourd’hui quels sont les logos qui portent ta touche ?

J’ai toujours voulu allier mes 2 passions que sont le foot, le sport en général avec le graphisme. Dès mes études où j’avais refait le catalogue de produits dérivés de l’AJ Auxerre dans le cadre de mon projet de fin d’année.

Et il y a 2 ans, un peu par hasard, je suis tombé sur une annonce du Stade Lavallois qui invitait tous les fans créatifs à faire une proposition pour le nouveau logo du club. Ca a fait tilt, j’ai fait mes recherches, des dizaines d’essais pour n’en sélectionner qu’un que je leur ai proposé avec une petite charte graphique. Et ça a plu aux dirigeants puisque ma proposition a été retenue.

J’ai remis ça quelques mois après avec le club des Corsaires de Dunkerque en hockey où les codes du graphisme, du sport US, sont différents de ceux du foot. Ces deux concours étaient une aubaine pour moi, une véritable bouffée d’oxygène créative qui travaille comme graphiste dans une entreprise.

Par un concours de circonstances, j’ai été amené à refaire le logo du Royal Excel Mouscron (1ère Division belge) et récemment, toujours par concours, celui de la Berrichonne de Châteauroux.

Les logos des clubs réalisés par Rémi

Fanstriker Les logos des clubs réalisés par Rémi

 

Tu travailles régulièrement avec des clubs sportifs professionnels ?

Avoir participé et remporté ces concours m’a apporté de la visibilité et une certaine reconnaissance puisqu’aujourd’hui effectivement, je travaille régulièrement pour des clubs professionnels et suis sollicité pour des créations ponctuelles.

Si tu avais une shortlist des logos des clubs de sport professionnels les plus réussis, à quoi ressemblerait-elle ?

J’aime beaucoup ceux de Major League Soccer, surtout ceux réalisés par Matt Wolf pour Los Angeles FC et New York City FC.

Récemment, on a vu un cas assez intéressant, celui du Nîmes Olympique qui a brusquement changé de logo sans même consulter ses fans. Que penses-tu de cette histoire ?

Qu’ils fassent évoluer leur logo et qu’ils ne consultent pas les fans, ils ont le droit. Ils auraient présenté un nouveau logo graphique qui aurait repris les codes de l’ancien en l’améliorant, je pense qu’une majorité aurait adhéré. Là ce qui est dommage, c’est que le résultat présenté n’est pas à la hauteur de ce qu’attendent les supporters, personne n’était au courant qu’ils allaient le changer, etc. Ca fait un gros bad buzz préjudiciable au club en terme d’image (alors que sur les réseaux sociaux, Nîmes fait partie des 3-4 clubs bien au-dessus du lot en terme de communication).

Au final, grâce à la mobilisation et la contestation des supporters, les dirigeants ont accepté de les écouter pour qu’un nouveau logo soit retravaillé et fasse l’unanimité pour les prochaines saisons. Ca montre quand même l’ouverture des dirigeants… qui auraient dû y penser avant.

Mais il n’y a pas que dans le foot, la même histoire vient de se produire en basket avec le nouveau logo des Metropolitans de Levallois…

La Juventus est en train de réaliser une assez bonne transition en douceur de son ancienne image vers sa nouvelle identité visuelle avec ce nouveau logo décrié lui aussi au départ. Que penses-tu du cas de la Juve ?

Je n’aurai pas dit en douceur parce que les supporters historiques et les amoureux du football ne s’y retrouvent pas vraiment. Ce J très graphique, c’est pratiquement du jamais vu dans le foot, ça plait ou ça plait pas. Derrière c’est une grosse agence qui a bossé dessus, ils sont dans une stratégie marketing de luxe, développement de la marque sur vetements et produits dérivés dans le monde. On va au delà du logo de club de foot, il n’y a plus de blason, on est sur une autre identité à part entière qui dépasse le cadre du club.

Finalement, les clubs n’ont ils pas intérêt à engager leurs fans et avoir une démarche participative lors d’un changement d’identité pour ne pas décevoir et ainsi resserrer les liens avec leurs supporters ?

Même si un changement d’identité ne pourra jamais plaire à tout le monde, c’est bien que ça plaise à une majorité. Que des salariés des clubs soient des vrais supporters à la base et soient consultés, ça me parait être le minimum. Consulter également quelques supporters ou/et les faire voter pour des concours pourquoi pas. Mais surtout, ça commence dès l’attribution du projet. Il faut bien choisir l’agence de com’, le graphiste ou le créatif, tous ne sont pas fans de foot, du club, et des codes graphiques du football en général. On a souvent des résultats complètement décalés car des dirigeants ont fait bosser une connaissance ou quelqu’un en interne.

Quand je parle d’interne, je parle de quelqu’un qui fait une proposition dont ce n’est pas le métier premier. Il y a des clubs qui ont un graphiste en interne et qui font de l’excellent travail, au Dijon FCO par exemple.

Selon toi, comment un club peut-il investir ses fans dans la réalisation de son nouveau logo ?

Soit par des concours, soit par des consultations régulières sur le sujet. Dès le brief, bien définir les orientations que chacun souhaitent retrouver à la fin.

Pour ses 80 ans, le Toulouse FC a invité ses fans et autres créatifs à créer le blason du club pour marquer ce moment d’histoire ? Une action qui a super bien fonctionné, et le résultat a été là. Comment vois-tu ce genre d’action avec les fans ?

Plus la renommée du club est grande, plus la fan base est grande, et plus il y a des chances qu’il y ait des gens inspirés, créatifs ou professionnels pour faire une proposition, et donc un résultat de qualité puisque ces personnes proposent ce qu’elles rêvent d’avoir pour le club qu’elles aiment.

 

“Là je suis partagé : en associant le fan, il se sent écouté et privilégié. Mais globalement la plupart des équipementiers font du bon boulot, ils sont capables de produire des maillots magnifiques, de s’adapter à la mode et aux goûts des supporters sans forcément les consulter.”

 

Ne penses-tu pas que les clubs et les marques ont un grand intérêt à réaliser un maillot entièrement conçu par les fans ?

Là je suis partagé : en associant le fan, il se sent écouté et privilégié. Mais globalement la plupart des équipementiers font du bon boulot, ils sont capables de produire des maillots magnifiques, de s’adapter à la mode et aux goûts des supporters sans forcément les consulter. Et un maillot third qui ne fait pas l’unanimité une saison peut le faire la saison d’après. Encore une fois, les goûts et les couleurs…

Là où il y a du boulot, c’est au niveau des sponsors, il faudrait réussir à les convaincre de s’adapter sur certains maillots, de passer leur logo en trait ou en une seule couleur pour que les maillots soient plus sobres, ça aiderait à en écouler un peu plus et tout le monde s’y retrouverait !

En tant qu’acteur du sport mais aussi fan, que penses-tu de l’expérience spectateur dans les stades aujourd’hui de manière générale ?

Tout le monde me parle de l’OL Parc comme d’un super endroit connecté pour les spectateurs et supporters mais je n’y suis pas encore allé. Paradoxalement, je préfère écumer les stades plus authentiques, “rustiques” ou “historiques”, ceux qui ont une âme, une histoire, une buvette et des supporters inconditionnels…

Selon toi, les clubs sont-ils suffisamment actifs pour remplir leurs stades et séduire un public plus large ?

En France, pas encore mais on y arrive, beaucoup de jeunes qui veulent bosser dans le sport sortent des écoles, s’inspirent de ce qui fonctionne à l’étranger et proposent des idées pour remplir et attirer de nouveaux spectateurs. Après il faut être lucide, on a pas une culture foot et stade comme peuvent l’avoir les anglais où tous les stades sont remplis même en 14e division…

Tous les vendredis, nous proposons une nouvelle idée expérience fan dans notre rubrique #FridayIdea. À ton tour, quelles idées pourrais-tu proposer pour dynamiser l’expérience du spectateur dans le sport ?

J’ai bien aimé l’idée du banc de touche pour spectateurs pour vivre le match en conditions réelles, proche du terrain.

Pour l’avoir vécue avec un club, pouvoir vivre l’arrivée au stade, découvrir la pelouse, assister à la causerie et prendre place sur le banc comme un remplaçant, vivre le match tout simplement, ce serait extraordinaire pour tout fan…

Merci à toi Rémi d’avoir apporté ton expertise sur le sujet des logos des clubs et des fans.

Vous pouvez retrouver Rémi et ses créations sur Twitter. N’hésitez pas à partager et réagir à cette interview avec nous via twitter également 

 

Au stade, je passe plus de temps à observer les animations, le comportement des fans et les actions du club que le match en lui même. J'aime le sport mais j'aime encore plus l'expérientiel. Qu'il soit dans le monde du commerce ou celui du sport business. | "Ceux qui essaient d'éviter l'échec, évitent le succès."

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INTERVIEW : Pascal Biojout (All Star Game) : “16 éditions à guichets fermés”

Organisateur du LNB All Star Game depuis 2002, Pascal Biojout nous explique comment cet événement est devenu un moment fort de d’année du basketball français.

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Organisateur du LNB All Star Game depuis 2002, Pascal Biojout nous partage les recettes de la réussite d’un événement majeur du basketball français de fin d’année comme celui-ci. 

Chaque fin d’année depuis 33 ans maintenant est rythmée par l’événement phare du basket français : le LNB All Star Game (ASG). Un événement auquel nous avons assisté dans le but d’analyser l’expérience que peut offrir un événement qui fait salle comble depuis 16 éditions consécutives. 

Pascal Biojout, le directeur de l’agence de conseil Sport Plus Conseil qui est organisateur de ce ASG nous partage sa vision et l’histoire de cet événement.
Retrouvez cette interview ci-dessous en version rédigée ou en version vidéo un peu plus bas. 

Concours de Dunk Jeep au All Star Game LNB©LNB IS BELLENGER

L’entrée des candidats ASG pour participer au concours de dunk

Bonjour Pascal Biojout, pouvez-vous présenter l’agence Sport Plus Conseil dont vous êtes le directeur ?

Sport Plus Conseil est une agence qui existe depuis plus de 20 ans dont le coeur de métier est l’organisation événementiel avec une forte présence depuis longtemps dans le basketball mais pas uniquement. 

Quel est votre rôle dans l’organisation du LNB All Star Game exactement ? 

Nous sommes à l’origine de la création du All Star Game “new look” dont la première édition à eu lieu à Bercy en 2002. À cette époque là, j’étais déjà présent, Nike était le producteur de l’événement et nous étions les producteurs exécutifs. Avec Nike dont j’étais proche, nous nous étions dit “nous voudrions faire le All Star Game dont on rêve” et donc voilà d’où est partie cette histoire. 

Aujourd’hui l’AccorHotels Arena affiche guichets fermés. Comment expliquez-vous cet engouement pour ce événement ? 

Je reviens dans l’histoire en 2002 lorsque l’on s’était dit que nous souhaitions faire l’événement dont on rêve sans faire de compromis. C’est à dire en faisant de la qualité, ne pas transiger sur la qualité des lumières, du son etc. Pour que le public réalise ça et ensuite que l’on avance sur un cercle vertueux de remplissage de la salle.

En 2002, il y avait 11 000 spectateurs dont 5 000 invitations, on a beaucoup galéré. Et à partir de 2003, l’événement était à guichets fermés et depuis c’est 16 éditions à guichets fermés dont cette édition en 2018 avec 15 988 spectateurs.

Les facteurs sont donc multiples, je crois qu’il faut avoir de l’authenticité. Cela dépend de la cible à laquelle on s’adresse. Nous on sait que l’on a une cible familiale qui vient dans un esprit festif. Lorsque l’on choisit des ingrédients dans un événement sportif, on ne peut pas faire plaisir à tout le monde, tout le temps. En revanche, on essaye qu’à au moins un moment de la soirée, chacune des personnes présentes puisse avoir un moment qu’elle apprécie particulièrement et puisse le raconter en bouche à oreille le lendemain ou surlendemain pour le soir du réveillon par exemple. C’est ça qui guide notre conduite enfaite. 

Pour vous, la fan expérience est donc de sans cesse proposer un petit moment au public pour qu’il se souvienne de cet événement et du moment qu’il vient de passer ? 

Oui, je crois qu’un événement réussi est un événement dont nous avons envie de parler en bien quand on en sort. Je pense modestement que c’est un peu le cas du All Star Game, puisque cela fait 16 ans que ça dure et nous n’avons pas une communication nationale très importante. On sait que c’est le bouche à oreille qui nous porte en réalité.
Mais pour cela, il faut beaucoup se remettre en question, il faut travailler sur l’inédit, l’exigence des personnes doit être toujours plus importante et il ne faut pas transiger sur la qualité. 

Votre objectif est-il de se rapprocher d’un All Star Game à l’américaine ou au contraire de faire de cet événement un événement très franco-français ? 

Évidemment, on s’inspire de ce que fait la NBA, sinon ce serait stupide parce que c’est la première ligue de basket au monde mais je pense aussi qu’elle est la première ligue de sport mondiale en termes de marketing et d’organisation événementiel.
En revanche, on a une culture française et même si l’on s’inspire de la NBA et de ses ingrédients, nous cherchons toujours à avoir une authenticité. Non pas pour se démarquer mais pour avoir notre propre identité finalement. Et je pense que les gens le ressentent aussi.

Pour finir avec une question qui n’est pas facile, quelle est votre définition de l’expérience fan ? 

À chaud, c’est toujours difficile de répondre à cette question mais l’expérience fan c’est de dire voilà, je viens en famille et je passe un moment de plaisir. Pour moi l’expérience fan est associée à plaisir tout simplement. Ce sont des choses finalement très simples mais si évidentes à mettre en musique.

Par exemple, je crois qu’aujourd’hui nous avons des ingrédients dans un show, qui pour moi sont des ingrédients pour que cela marche mais rien n’est acquis, il peut y avoir des problèmes qui se posent où des choses qui ne prennent pas ou que sais-je. Nous ne sommes pas à l’abri des aléas du direct non plus. Il faut être très modeste lorsque l’on fait ce genre de chose.
Mais en tout cas la démarche qui nous guide est vraiment celle du plaisir du spectateur car il est notre client au final.

 

Le LNB All Star Game est un événement qui séduit au delà même des fans de basketball en France. Il attire également les fans puristes du basket américain (la NBA) qui ne suivent pas forcément ce sport en France. 
C’est un bon cas d’école pour valoriser un sport, en s’inspirant des meilleures pratiques qu’offre ce sport au niveau mondial.

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